Archive for March, 2010

Edge of Darkness

Après avoir joué le flic sans foi ni loi, Mel Gibson revient dans… un vieux flic sans foi ni loi qui veut se venger. Un rôle de composition.

Notre vieux héros est filmé de manière un peu alimentaire par Martin Cambell qui le pousse jusqu’à la cruauté, à se montrer avec sa vraie gueule d’aujourd’hui, sans fard. Il est affreux à regarder, bouzillé de partout. L’alcool ?

D’habitude dans un Mel-movie -synonyme de vengeance movie- il y a toujours un rapport étroit à la douleur ce qui signifie qu’il va tabasser des types puis ensuite se faire torturer à son tour. C’est peut-être ça, son chemin de croix 2010, montrer sa vraie gueule comme pour expier ses délires racistes et antisémites. Mel se fera donc dérouiller maxi-music. Il essaye de se racheter, ça se sent. C’est pour ça qu’il est le seul personnage honnête du paquet, caché dans un imper cradingue. Zemmour dirait qu’il fait de la repentance. Pour faire contrepoids, le scénario parachute périodiquement un personnage qui lui donne de bons conseils, une entité un peu burlesque qui balance des bons mots par grappe. Particularité: il est si artificiellement collé à l’histoire qu’on pourrait le sabrer hors du film, via un director’s cut. Le mec inutile.

Vengeance-movie oblige, certains acquis gibsonniens sont bien là, tel que la torture gratuite avant l’interrogatoire, un truc chopé depuis par Jack Bauer. Tout le monde est corrompu, chacun mérite et aura son coup de poing dans les dents. C’est peut-être bien le problème : Edge of Darkness, nom VO aussi générique que Hors de Contrôle, c’est pas l’imagination au pouvoir. C’est pire : on l’a déjà vu ouate mille fois, ce film.

sur 5.

A Single Man

Dans A Single Man, la Lune apparait juste un instant. Elle est sensuelle, toute rouge. Mais aussi rouge, ça n’existe que dans Goldorak, et en général cela signifie que les armées de Vega vont attaquer la Terre. Chez Tom Ford, c’est juste parce que ça claque.
A Single Man fait du chichi. Autour d’un rien, il s’attarde, il te madeleinifie n’importe quoi qui passe dans le champ de vision de Colin Firth. Mine triste, il joue un prof malade de chagrin d’avoir perdu son compagnon dans un accident de voiture. Sa peine est si insoutenable qu’il veut se flinguer et donc s’organise en vue de l’évènement. Mais problème : il est anglais, a.k.a passablement arrogant. Sans être beau, ce prof a du style. Faire les trucs simplement, c’est pas sa came. D’où le chichi par hecto-dose.
C’est assez cohérent et même justifié par la situation. Mais tout subit un peu le même traitement. Les autres mecs qui feront fantasmer le prof, le décor, le style sixties, les élèves, même Julienne Moore qui ferait même bander un gay. Tout est sur-beau, over sexualisé. Colin Firth, qui gagne à ne pas jouer dans des comédies sentimentales nazes, mérite vraiment tous les éloges qu’il a eu même si mon obédience le préfèrera toujours en Vermeer, perceur d’oreilles frustré de ne pas pouvoir prendre Scarlett Johansonn. Mais ça doit être mon côté fleur bleue.
Bizarrement, A Single Man devient vraiment intéressant après un certain cap, passé les présentations pour se terminer avec un certain panache. Bref, en plus de m’avoir fabriqué de chouettes lunettes, Tom Ford a produit un mélo gay ultra maniéré comme une pub de parfum, assez orgueilleux et donc intéressant. Un Gay-lo.

Percy Jackson, le voleur de foudre

La honte n’existe pas pour les dieux. A partir du moment où l’on a regardé le combat du Phénix contre le chevalier de la Vierge qui est la réincarnation du Bouddha dont la maison se trouve en Grèce, et surtout quand on a trouvé ça cool, t’as plus peur de personne.

L’affiche de Percy Jackson ne se cache pas. Elle arbore la même typo que les “Harry Potter” dont il a décidé, semble-t-il, de copier le flow. Commercialement c’est judicieux mais le résultat est bancal. Percy découvre qu’il est fils de Poséidon et qu’on l’accuse d’avoir volé la foudre. Une guerre titanesque va bientôt avoir lieu et la Terre est le champ de bataille. Il devra donc retrouver cette foudre et de la ramener dans l’Olympe. Qui se trouve pas en Grece sur le mont du même nom mais en haut de l’Empire State Building. Plus commode pour le setting et la proximité. Des dieux qui se mélangent aux humains, on voit ça tout les deux jours dans le monde japanimo-comics. Hercules est un allié de Captain America et le chevalier de Pégase sauve régulièrement Athena tandis que le Gollem veille sur une ville de Dragon Quest.

Percy et son manque d’horizon me flanquait la trouille. Est-il Percée, celui qui est sensé défier Poséidon ? On dirait que l’auteur original manquait d’imagination et a wikipédié son histoire pour lui donner du tonus. Du coup, Percy va cruiser à travers les USA dans un vrai parc d’attraction « best of » mythologique. Butter Méduse ? Pas de problème, il la voit dans le reflet de son iPhone. Les sirènes, c’est les casinos de Las Végas. Hollywood, c’est l’Enfer. Etc.
En fait, toute l’histoire de Percy est sloppy, assez mal racontée, avec l’imagination d’un premier jet à peine passée au propre. Le twist final est à lever les yeux au ciel. Et le sidekick noir (un satyre, Loul) fait passer la prestation de Jar Jar Binks pour de la comédie italienne, légère et subtile. Et je parle de la seule bestiole à avoir marché dans la merde de tout Star Wars.

Même s’il singe à tout va Harry Potter (pas vu, pas lu) et qu’il aligne une flopée d’acteurs non-convainquant (Poseidon joué par le double de Nani Moretti) , Percy a au moins deux qualités. First, c’est un teen-achievement movie regardable. Tu sais, ce truc qui reste assez vénérable dans Spider-Man 1 : un môme qui fait un full circle métaphorique de l’adolescence. A la fin, Percy sait, il fait, il n’est plus victime de son passé. Il a grandi et dans le prochain épisode, il a aura peut-être le droit de boire de l’alcool. Gut. L’autre argument, c’est Pierce Brosnan qui joue son tuteur. C’est un centaure. Vraiment. Un spectacle indéfinissable que même google image n’en trouve pas de trace.

sur 5.

Black Dynamite

“Black ! Dynamite !” résonne la bande son incroyable de ce pastiche ultra-chiadé. Blaxploitation et Kung Fu, unis dans un mélange assez fou et jouissif. Y’a des vrai-faux raccords pour faire plus halal, une Misty Knight “Black Pantha” à tomber, des méchants blancs délicieux et du Kung Fu pour répandre l’amour. Ce ne sont pas des coups de pied. C’est de la poésie.

Mention spéciale pour un boss de fin tellement ultime que même Bill Murray en armure de combat District 9 ne pourrait pas faire le poids. Le commandant en chef d’Avatar, il rentre chez sa mère. Black Dynamite mérite son fuckn’ Airwolf .

De la poésie.

C’est si bien que j’ai envie de dire : BATMAN, MOTHERFUCKER !

Quelle scène incroyable. Un concentré d’intensité de cool que j’aimerai retrouver dans chaque bureau de poste français.

In the Air

Je crois que j’ai aimé Juno au moins autant que de voir Ségolène Royal investie à la course à la présidence par le PS. C’est dire le morceau de haine que je voue à cette sauce faussement Indé et putassièrement cool. Mais bon, donnons lui sa chance.

Peau d’zobi. Complètement superficiel, In the Air ne s’investit jamais, ne prend jamais position, enfin jamais plus que « le chômage, c’est mal». D’ailleurs j’ai appris après coup que les chômeurs qu’on ne voit que quelque seconde à l’écran se faire virer sont de “vrais précaires”, dans la vie. Seulement pour quelques secondes, hein, après on revient à des professionnels. “Pro”, l’habillage du film l’est parfois, façon smart clip sur musique cool que les gens s’envoient d’habitude, entre facebook et twitter. Ca sent encore l’indy des dessous de bras.

Virer les gens, c’est moche, alors on a pensé que le faire via George Clooney, c’est mieux. Casting exceptionnel, c’est la plus grande réussite du film: Clooney dans son meilleur rôle, lui-même, en vieux beau «toujours un peu dans l’adolescence ». Il nous joue son menu best of, la palette entière, du refus d’engagement au sourire en coin pince-sans-rire du mec qui boit un verre de whisky habillé d’une veste sans cravate. Vous le reconnaissez ? C’est Docteur Ross d’E.R à Nespresso en passant par Bruce Wayne en col roulé. Son perso passe sa vie dans les aéroports, en transit, allant de ville en ville pour virer les gens. Du coup double dose de cynisme : il vire des gus, ok, mais il y a aussi la mélancolie de la solitude. Il vit en chambre d’hôtel, tout seul et tout fier de sa propre vanité à griller la file d’enregistrement des bagages. Vu le dédoublement Clooney, le film va forcément se déjouer de lui et le remettre à sa place.

2 heures d’In The Air, c’est comme un podcast où t’écouterait Frédéric Lefebvre (ou Benoit Hamon, ça marche aussi) te récitant les discours en creux de la politique générale de son parti. Le fond politique d’un twitteur du vide. Ne reposant que sur le setting de ses personnages (deux jolies filles en bonus) le film ne prend jamais position. Zéro intention. Une sensation immense de vanité qu’In The Air entretient avec un certain cynisme. Le cinéma du vent.

Sherlock Holmes

Sherlock Holmes est un prototype, le résultat d’une expérience chirurgicale audacieuse : l’actionneur pour meufs. T’as Jude Law à droite, Rober Downey Jr à gauche. En même temps. Et c’est à toi, lady, d’imaginer la suite.

Plus qu’un soft porn pour filles, ce Sherlock Holmes essaye d’être un buddy movie dans la grande tradition des prods Joël Silver. On a même rajouté une fille dans l’histoire (la seule jamais mentionnée par Holmes/Doyle), histoire d’avoir la complète, de plaire à tous les publics. Du plaisir brainless, hypnotique jusque dans les explosions, dans ses incrustations CG ou dans les fights enjolivés de ralentis sur les coups de Wing Chun et de Tae Kwon Do de Sherlock. Ouais, parfaitement ! Sherlock Downey joue le mec que Christian Bale lui a volé : Batman. Il était si deg’ qu’il s’est approprié Iron Man en représailles.

Plus sérieusement, le Sherlock 2010, il ne porte pas sa casquette trademark et fait des trucs à la Batman. Tout le temps. Logique, ce sont deux detectives. Mais ici, Holmes casse des bras, se moque de ses adversaires et calcule les algorithmes des combats pour dégommer ses adversaires. Si les batteries de bagnole existaient dans le Londres victorien du XIXème, Sherlock Downey en balancerait sur la gueule de Moriarty. Parce que c’est ce que ferait Batman.

Sherlock Holmes 2K10 n’est pas beaucoup plus fin que ça, mais il se laisserait plus facilement regarder qu’un Bad Boys 3. Et dieu seul sait que le cinéma n’a plus besoin d’un nouveau Bad Boys.

Ce sera donc un généreux sur 5.

Bonus track: tandis que Downey commence la promo d’Iron Man 2, poor Jude se farcit les talks show japonais. Et dire que vous pensiez que Denisot et compagnie manquaient de fond.

Chris Sim pour l’inspi.

Tsar

On est dans le gros morcif de barbaque d’histoire, la vie d’Ivan le terrible. Tsar est un biopic (encore!) estampillé « plus gros fucking budget de la Russie » et s’est fait sur le dos des banques et des oligarques en pleine crise. Bravo.

En 1565, la parano de Le Terrible était déjà épanouie et rayonnante. Son réalisateur, Pavel Lounguine, canonisé comme culte depuis « L’ile », un film sur le repentir mystique qui a sérieusement excité la flamme chrétienne russe qui ne demande qu’à être chatouillée. Why not, c’est les racines fondamentales et incontestables de la Russie.

Ce Tsar, c’est tout le récit de son conflit avec l’église orthodoxe, de ses martyrs face à la toute puissante folie d’Ivan. Il s’oppose à son métropolite, son ex-pote qui finira mal, forcément. Ultra manichéen dans son dispositif, Pavel ne nous épargne aucune horreur, allant jusqu’à nous montrer un Disneyland de la torture. No kiddin‘. Déjà que le Disneyland normal suffisait pas. C’est siiiii excessif dans la représentation de la violence à la Gibson qu’on a du mal à se mettre du côté des victimes (ce qui serait à priori la logique du film. Le réa s’est d’ailleurs fendu de quelques interviews bizarres pour expliquer que les russes ont un besoin périodique de dictateurs pour les recadrer. Ouuuuuuais mais voyons… Du coup, le film a été projeté au Kremlin pour voir s’il ne s’agit pas d’un pamphlet subversif… )

Contrairement à la version d’Eisenstein, Tsar se concentre sur ce basculement dans la folie furieuse, sur la sacralisation du martyrdom de manière assez lacrymale. Ca patauge un peu, là. En plus d’être gentil, tu vois même un miracle : le métropolite rend même la vue à un pauvre gus. He’s that good. Du coup, le résultat est assez moyen : on voit très bien où il veut en arriver mais le procédé n’est vraaaaaaaiment pas subtil. Ceci dit, bonne perf’ d’acteurs.