Cinématographe

Green Zone (et un peu Brothers)

A voir les films d’action riquains, c’est toujours eux qui gagnent. Ou alors ils s’en sortent avec les honneurs. Dans le pire des cas, Jim a secouru John prisonnier derrière les lignes ennemis, ralenti final sur les soldats qui applaudissent dans la base, sur fond de Hans Zimmer. Paradoxal, vu que ça fait quand même un paquet d’années qu’ils n’ont pas gagné une guerre.

Oh faire un film un peu plus “loose”, avec des anciens combattants trauma, ce n’est pas la garantie d’un bon film. Tout le monde n’est pas Rambo. Et Brothers, (2010, je le namedroppe ici, car pas sur que je retrouverai le temps de parler de cette daube), c’est surement pas Rambo. A moins d’être une fangirl de Tobey “Spider-Man” McGuire ET Jake “Prince of Persia” Gyllenhaal (auquel cas, c’est bon, cherche pas plus loin, Brothers, c’est ton porno de l’année) ce machin défie l’entendement à chaque instant. Imbouffable. Si tu aimes le jeu d’acteurs fin, nuancé, ambigüe et intense à la River Phoenix, tu passeras ton chemin. Et puis jamais très loin quand il s’agit de mal jouer, Nathalie Portman va aussi se la donner acting le temps d’une scène canaille avec bédot au coin du feu. C’est si mauvais que ce film fait perdre une deuxième fois aux USA les guerres qu’ils ont déjà perdu.

Mais revenons en à Green Zone. Il fallait bien un héros sans zone d’ombre à cette histoire. Vraiment le bon soldat moral, limite benêt qui va découvrir qu’en fait les autorités ont menti. “C’est pas possible, l’armée peut mentir”. Il n’y a pas d’armes de destruction massive. Alors on ne va pas faire les malins, genre “mais ça se sentait que l’équipe de France passerait pas le premier tour du Mondia, voyonsl” après coup, là n’est pas le sujet. Le film a besoin d’un mec au charisme d’un capitaine d’équipe de foot US, il a son Matt Damon. Capitaine, il sait faire, il vient de jouer dans Invictus, le film qui nous a endormi Eastwood.

Le ciné de Paul Greengrass (ah c’est là d’où vient le green du titre), on l’a compris, on l’a vu et revu. C’est une resucée en moins bien de McTiernan, de la caméra à l’épaule et de l’image qui remue. On est moins dans l’image, et plutôt dans sa manière de la remuer Ouais, Greengrass, j’suis pas fan de son style emprunté, qui essaye de canaliser les sujets qui marchent. Ce qui nous donne en fin de compte l’aberrant U93. Ah mais je m’énerve.

Ultime truc naze: à un moment, le Soldat Fada est à court d’idée. Impasse ? Non, il fait comme Magimel l’eternel dans le cultissime Empire des loups (lien de 2005, paye ta nostalgie). Matt Damon s’installe donc devant son PC et il fait google.C’est si mal amené que t’as l’impression de t’emmerder toi-même à aller chercher l’info, à zapper du wikipedia français à l’américain parce qu’il est mieux etc. Mais c’est ce que veut être Green Zone, un actionneur didactique. Tu vois bien qui sont les méchants, qui sont les gentils. Ca te montre une espèce de vérité pédago, prémâchée. L’échec des USA pour les nuls. Mais même dans le caca, avec le soldat Damon, ça va, ils s’en sortent avec les honneurs.

Du coup, pour le film le moins bof de Greengrass, un peu de gentillesse :

Edge of Darkness

Après avoir joué le flic sans foi ni loi, Mel Gibson revient dans… un vieux flic sans foi ni loi qui veut se venger. Un rôle de composition.

Notre vieux héros est filmé de manière un peu alimentaire par Martin Cambell qui le pousse jusqu’à la cruauté, à se montrer avec sa vraie gueule d’aujourd’hui, sans fard. Il est affreux à regarder, bouzillé de partout. L’alcool ?

D’habitude dans un Mel-movie -synonyme de vengeance movie- il y a toujours un rapport étroit à la douleur ce qui signifie qu’il va tabasser des types puis ensuite se faire torturer à son tour. C’est peut-être ça, son chemin de croix 2010, montrer sa vraie gueule comme pour expier ses délires racistes et antisémites. Mel se fera donc dérouiller maxi-music. Il essaye de se racheter, ça se sent. C’est pour ça qu’il est le seul personnage honnête du paquet, caché dans un imper cradingue. Zemmour dirait qu’il fait de la repentance. Pour faire contrepoids, le scénario parachute périodiquement un personnage qui lui donne de bons conseils, une entité un peu burlesque qui balance des bons mots par grappe. Particularité: il est si artificiellement collé à l’histoire qu’on pourrait le sabrer hors du film, via un director’s cut. Le mec inutile.

Vengeance-movie oblige, certains acquis gibsonniens sont bien là, tel que la torture gratuite avant l’interrogatoire, un truc chopé depuis par Jack Bauer. Tout le monde est corrompu, chacun mérite et aura son coup de poing dans les dents. C’est peut-être bien le problème : Edge of Darkness, nom VO aussi générique que Hors de Contrôle, c’est pas l’imagination au pouvoir. C’est pire : on l’a déjà vu ouate mille fois, ce film.

sur 5.

A Single Man

Dans A Single Man, la Lune apparait juste un instant. Elle est sensuelle, toute rouge. Mais aussi rouge, ça n’existe que dans Goldorak, et en général cela signifie que les armées de Vega vont attaquer la Terre. Chez Tom Ford, c’est juste parce que ça claque.
A Single Man fait du chichi. Autour d’un rien, il s’attarde, il te madeleinifie n’importe quoi qui passe dans le champ de vision de Colin Firth. Mine triste, il joue un prof malade de chagrin d’avoir perdu son compagnon dans un accident de voiture. Sa peine est si insoutenable qu’il veut se flinguer et donc s’organise en vue de l’évènement. Mais problème : il est anglais, a.k.a passablement arrogant. Sans être beau, ce prof a du style. Faire les trucs simplement, c’est pas sa came. D’où le chichi par hecto-dose.
C’est assez cohérent et même justifié par la situation. Mais tout subit un peu le même traitement. Les autres mecs qui feront fantasmer le prof, le décor, le style sixties, les élèves, même Julienne Moore qui ferait même bander un gay. Tout est sur-beau, over sexualisé. Colin Firth, qui gagne à ne pas jouer dans des comédies sentimentales nazes, mérite vraiment tous les éloges qu’il a eu même si mon obédience le préfèrera toujours en Vermeer, perceur d’oreilles frustré de ne pas pouvoir prendre Scarlett Johansonn. Mais ça doit être mon côté fleur bleue.
Bizarrement, A Single Man devient vraiment intéressant après un certain cap, passé les présentations pour se terminer avec un certain panache. Bref, en plus de m’avoir fabriqué de chouettes lunettes, Tom Ford a produit un mélo gay ultra maniéré comme une pub de parfum, assez orgueilleux et donc intéressant. Un Gay-lo.

Percy Jackson, le voleur de foudre

La honte n’existe pas pour les dieux. A partir du moment où l’on a regardé le combat du Phénix contre le chevalier de la Vierge qui est la réincarnation du Bouddha dont la maison se trouve en Grèce, et surtout quand on a trouvé ça cool, t’as plus peur de personne.

L’affiche de Percy Jackson ne se cache pas. Elle arbore la même typo que les “Harry Potter” dont il a décidé, semble-t-il, de copier le flow. Commercialement c’est judicieux mais le résultat est bancal. Percy découvre qu’il est fils de Poséidon et qu’on l’accuse d’avoir volé la foudre. Une guerre titanesque va bientôt avoir lieu et la Terre est le champ de bataille. Il devra donc retrouver cette foudre et de la ramener dans l’Olympe. Qui se trouve pas en Grece sur le mont du même nom mais en haut de l’Empire State Building. Plus commode pour le setting et la proximité. Des dieux qui se mélangent aux humains, on voit ça tout les deux jours dans le monde japanimo-comics. Hercules est un allié de Captain America et le chevalier de Pégase sauve régulièrement Athena tandis que le Gollem veille sur une ville de Dragon Quest.

Percy et son manque d’horizon me flanquait la trouille. Est-il Percée, celui qui est sensé défier Poséidon ? On dirait que l’auteur original manquait d’imagination et a wikipédié son histoire pour lui donner du tonus. Du coup, Percy va cruiser à travers les USA dans un vrai parc d’attraction « best of » mythologique. Butter Méduse ? Pas de problème, il la voit dans le reflet de son iPhone. Les sirènes, c’est les casinos de Las Végas. Hollywood, c’est l’Enfer. Etc.
En fait, toute l’histoire de Percy est sloppy, assez mal racontée, avec l’imagination d’un premier jet à peine passée au propre. Le twist final est à lever les yeux au ciel. Et le sidekick noir (un satyre, Loul) fait passer la prestation de Jar Jar Binks pour de la comédie italienne, légère et subtile. Et je parle de la seule bestiole à avoir marché dans la merde de tout Star Wars.

Même s’il singe à tout va Harry Potter (pas vu, pas lu) et qu’il aligne une flopée d’acteurs non-convainquant (Poseidon joué par le double de Nani Moretti) , Percy a au moins deux qualités. First, c’est un teen-achievement movie regardable. Tu sais, ce truc qui reste assez vénérable dans Spider-Man 1 : un môme qui fait un full circle métaphorique de l’adolescence. A la fin, Percy sait, il fait, il n’est plus victime de son passé. Il a grandi et dans le prochain épisode, il a aura peut-être le droit de boire de l’alcool. Gut. L’autre argument, c’est Pierce Brosnan qui joue son tuteur. C’est un centaure. Vraiment. Un spectacle indéfinissable que même google image n’en trouve pas de trace.

sur 5.