Cinématographe
Forgetting Sarah Marshall
Oct 4th
La méthode Apatow est imparable : une tronche de geek attardé (venu de « how i met my mother », sitcom essayé mais pas adopté) qui, à force de jouer aux jeux vidéo de super robot, de collectionner les Gachapons et à bouffer des Mars et de Bounty est devenu assez mou, assez pour dégouter sa nana Kristen Bell (Veronica Mars !! ). Hé ouais. Elle le trouve sympa, et tout mais le coeur n’y est plus. Elle lui préfère une star de rock anglais vraiment hilarant « dans la grande tradition des supporting character briton ». Le geek tristoune choisit Hawaï pour l’oublier, et paf, elle est là, avec son rocker improbable qui la baise à tire-larigot, tous les soirs. Forcément les cloisons des bungalows, c’est pas très bien isolé, donc re coup de blues mais rigolo. Improbable ? Ouais. Comme dans Sex et the city, le contexte est situé tellement loin de la réalité sociale, de toute préoccupation concrète. Pas de RSA, de crise financière ni rien. Ou alors si minime du genre « ma série a été abandonnée à la troisième saison ». Et là encore, gros wink adressé à Veronica Mars, un des meilleurs faux teen show du cosmos. Et ça passe ! Malgré un titre français fou : « Sans Sarah, rien ne va ». C’est ça le plus fou : c’est qu’à force de scénettes assemblées avec générosité, sans cynisme, avec un vrai amour des loosers (par les mêmes gus que Superbad, hein), de la laideur cool « qui cache plein d’humanité, forcement », l’Apatow’s touch retombe sur ses pattes comme un chat. Générosité, peut-être ? Le mot désormais acoquiné avec les Ch’tits utilisé pour minorer son importance prends ici tout son sens. Il n’y a même pas escroquerie sur la marchandise, c’est jusqu’au-boutiste à fond les ballons. Attention, ca ne plaira pas et j’insiste, ne plaira pas à quelqu’un d’extérieur au concept de « pop culture ». Du rire pas dégradant, coolos !
limite 4.
Sex & The City
Oct 4th
Si écrire un blog (ce que Robotics n’est pas, malgré sa participativité toute Ségoléniste, c’est à dire une dictature où tout le monde a la parole tant que les porte-flingues le permettent) implique de parler de soi dans la vérité la plus manifeste, eh bien voilà on y est. A condition extraordinaire, réponse aléatoire.
Le japonais sympatoche assis à côté est souriant mais pourtant il appelle l’hôtesse de l’air avec insistance : la télécommande du micro de son écran télé déconne. Le son n’arrive plus que par une oreille. Et on comprend pourquoi il est dégouté devant le choix dithyrambique de bons films : Hancock, Incredible Hulk, Indiana Jones 4, tout ces « actionneurs » qui méritent vraiment cet écran d’au moins 7 pouces, à peine la moitié de ce qu’il faut à mon Vaio pour me rebalancer un épisode de Soprano (ow cette saison 3, qu’elle est bien). Il y a aussi le mignon Letherheads (pas encore chroniqué ici, pas eu le temps mais un bon film naphtaline avec Clooney). Il y a aussi 12 no osoreru otoko, absolument pas un film de samouraï, mais un formidable Mikhalkov en DVD inédit en France. Bientôt robotisé. Le movie spotlight du programme, c’est Ed Norton, et ils ont raison : son Bruce Banner est brillant, lunaire, malingre et surtout plus intéressant que l’autre qui nous refait Bruce Wayne en moins bien. Allez on continue, il y a Made of Honor avec le docteur Mamour de Greys Anatomy qui va être obligé de jouer ça jusqu’à la fin de ses jours. On le plaint. Ne riez pas, j’en connais qui se sente obligé de louer ça pour un bon équilibre de couple. Page d’après du programme, y’a Matthew Mc Conaughey et Kate Hudson, deux acteurs interchangeables dans le même genre et pourtant, il sont emprisonnés dans le même film depuis 10 ans et personne ne les a secouru depuis. Le doc de Scorcese ? Ouaif. Oh mon dieu, Lord of the rings 3, pitié. Un Ken Loach, le quota « social » sympa, on le met dans le programme comme on lui file une palme d’or. Ah le Jacky Chan et Jet Li ? On y reviendra, mais après la bande annonce de Dragon Ball le film live, j’aurai même des aisances à trouver des qualités à Bulletproof Monk. Il y a même le culte Young Master de et avec Jacky Chan où comme dans toute les vf avant qu’il soit « Jacky », on l’appelait toujours Dragon. “hé Dragon, ça va, rien de cassé?” “ouille ouille ouille”.
Et là, miracle moderne, le truc dont on rêve à chaque instant quand on vole en éco : pour mater son écran en stéréo, il se lève et s’en va ailleurs. Deux places, le bonheur « centimètre-carré » doublé. « Dommage mec, fallait demander la business pour la peine », une phrase d’adieu. Mais peut-être a-t-il de jolies voisines, who knows ? Utilisant mon côté audio et son écran (pro tips : faut appuyer en synchro sur play), j’étais le roi du pétrole. Deux places, GRATUIT COUSIN ! Et là au lieu de m’engouffrer dans le docu sur la coloration de Vermeer (il serait intéressant de savoir quelle est l’audience réelle de ces films dans les avions, juste pour les droits d’auteurs), je dérape sur Sex & The City le film. Je ne sais pas pourquoi, je déteste ça, de base, au plus haut point. Une fois qu’on a compris le seul intérêt concret, à savoir 4 poupées qui se baladent dans des plus ou moins jolies fringues, (à ne pas manquer la séquence showroom) et le sex cru mais seulement namedroppé façon « Fuck et Cock », on en a fait le tour. Le « Sex » de The City ? Y’a deux trois baises maxi, en tout, dont une avec tshirts pas excitant pour montrer “l’usure du couple”. Le tout enrobé par cette voix off nulle, absorbante comme du Sopalin mouillé et dont le moindre octet de ce texte cherche à s’éloigner.
Mais un aveu, je suis obsédé par des choses qui, franchement, bah je ne devrais pas. Et en plus, je les garde en mémoire. Tant que je ne perdrai pas la boule dans la probabilité d’une vie longue (hint d’une prochaine critique). Mais voilà: les comics, la peinture du XXème siècle, le peu-ra west coast et même le français des années 90 tchitchi, les couvertures de « Public » accrochée dans le métro, les chantiers et les grues, les membres de l’équipe de France de foot 1982 à sa mort, quelque part en 2006. Et putain, pourquoi est-ce que je connais le nom, statut social, et enjeu matrimonial de ces 4 Bécassines presque aussi bien que celle des 4 fantastiques, mes quatre derniers repas ou la famille de Son Gokû ? Cette idée m’est difficilement supportable. Et ce film n’est, -surprise-, absolument pas drôle alors que la série pouvait se prévaloir d’une grossièreté surprise du type “bite” suscitée qui de toute manière giclait au sous-titrage.
Un mariage arrive vers le premier tiers du film, celui de l’éternelle célibattante (je suis obsédé aussi par Marie Claire et mon word reconnait le mot en correction, c’est un signe des temps) se marie à Big, son eternel boyfriend avec qui il y a eu ouat mille ruptures. Facile comme sujet de film. Mega plot twist cosmique, il dit non, car il est le némesis du show , le bad guy, c’est elle-même qui le dit. Et c’est parti pour 1 heure de film encore moins drôle sur une dépression voix off. La pauvre radote un peu ses 3,4 laïus comme Eric Zemmour “l’amour c’est comme une paire de chaussure dans le placard, les amies c’est aussi important que la béchamel dans les lasagnes, la séduction aujourd’hui nous emmène droit vers la récession économique, qui, c’est juré, ne franchira pas les frontières de la Suisse et aussi “finalement le bonheur, c’est comme un ennemi plus puissant à chaque fois dans Dragon Ball Z”. Grosso modo, c’est ça . Le même sujet, exactement le même,, mais bien traité, c’est Forgeting Sarah (j’y reviendrais). Lune de miel foutue, endroit paradisiaque et des los lobos viennent chanter quand il y a tristesse, donc vanne de type « cassez- vous les mexicains ». Intéressant décalage autour du même gag. Un film nul, l’autre vraiment pas mal. Sex City ne respecte pas ses propres codes, comme pas mal de séries qui ont fait le saut du grand écran. Vers le dernier tiers, un nouveau personnage apparait, comme dans une série pour relancer l’intérêt d’une saison en perdition. Si vous entendiez ce que donne le cri de joie horrible qu’elle lance quand Carrie lui offre « son premier sac Vuitton !!!!!!!!! » dans le casque fourni par la compagnie aérienne, j’ai pensé très fort à Orange Mecanique et à d’autres films de torture. On baisse le volume. Aussi une pensée à tout ces gens qui achètent du Louis Vuitton alors qu’il était un king of collabo notoire qui s’est aussi fait sa fortune en vendant des statues de bronze du Maréchal Pétain et autres décorations grand siècle, avant et pendant la guerre, mais ça, ils oublient de le dire. On en revient aux obsessions. « Why the fuck am i watching this shit ?! »
Il y a rien, rien, dans ce film, même pas l’esprit de ce qui en a fait son succès. Deux clips type fashion victim, 2 fois fuck, et basta. Y’a même une happy end nulle et paresseuse : « ils se marient ! ». Rendez-vous Scarlett O’hara ! La superficialité de ce genre buddy girly sera étudiée à l’université dans les vingts prochaines années, et là, on a un cas d’école. « Un sac vuittttttton ! »
Une scène, une, pour montrer la paresse de l’écriture, de l’enjeu, de l’intrigue : Oké, l’héroïne déprime et ses copines l’emmènent passer un week end au Mexique. Charlotte, la plus jeune et jolie, a la diarrhée et se fait caca dessus. Et là, toutes les filles rient à gorge déployée, genre ouahahahha, comme dans le Corniaud à la fin. Mais la voix off, cette talentueuse dame patronnesse de l’analyse, donne le coup final, de tête ( sans appuyer sur pause sinon faut tout resynchroniser): « Miranda was right, when it’s really funny, I laught. ». La voix off, le rire enregistré des films néo-blog qui tient à te rappeler que c’est drôle. Non, c’est pas drôle, c’est nul, hors propos et arrête d’essayer de me le faire croire !
Reste l’obsession finale : mais qu’est allé voir le vieux japonais ? Il me fait signe: 
Happy-Go-Lucky (Be Happy)
Sep 28th
Mike Leigh fait toujours des films ambitieusement puissants. Secret & Lies, drame sur fond de misère sociale anglaise, était juste fabuleux, dense, exalté et exaltant… Et là, on a Be Happy. Happy-Go-Lucky en vo, mais par commodité, on va s’en tenir à cet impératif « Be Happy », un peu nul comme un « Ensemble, c’est tout ». C’est un peu le film Némésis parfait de Secret & Lies, son Yang parfait. Sally Hawkins alias Poppy lève les bras, rit, sourit et te regarde impérativement dans les yeux. On se dit que les 2 heures vont être longues. Mais c’est mal connaitre Leigh. Derrière sa Poppy jovio-histéro se cache un discours beaucoup plus tendu sur la société. En partant du principe qu’il ne peut absolument rien arriver à cette fille, toute forme de dramaturgie classique est complètement neutralisée. Du coup, Mike, il est malin, il truffe son film de personnages secondaires « comme les anglais en ont le secret ». Les très brèves retrouvailles de familles éclatent littéralement à la gueule. Mais pas comme dans Secret & Lies, une violence très rentrée. Le permis de conduire devient une épreuve. On souffre presque pour eux, pour ceux qu’ils portent en eux.
Mais vraiment, à part sa manie de ricaner pour un rien, parfois, Poppy est vraiment charmante, dans le sens élégant du terme XXème siècle. Elle s’occupe d’enfants, et bien. Elle prend le temps de parler à un clodo pas si clodo que ça (toujours le tissu social anglais à la Leigh). C’est vraiment quelqu’un de bien, genre qui ramène son plateau au Starbucks, une file capable de voter Delanoë en 2012. So what’s up ? Le bonheur, l’entrain, la vitalité dérange-t-elle ? C’est peut-être le propos du film.
Internet, la TV, tout est devenu un flot de négativité intense. Tristan dit « le sobre sage » me disait « mais putain, depuis quand tout est devenu si fuckn’evil » prenant en exemple les zilliards de posts négatifs de forums. On a peur pour les Poppy futures. Et je vais vous dire, je me sens parfois un peu honteux de participer à cette pollution numérique car la critique « bouse et daube » est largement plus drôle à faire (et les mecs, j’ai survécu à Injû et à la Possibilité d’une île, je sais de quoi je parle). Mike Leigh c’est la même chose : le biz’ du ciné est devenu une bouillabaisse où il passe pour un gugusse à faire un film sans but clairement souligné, à la limite du trivial après avoir visité les profondeurs de l’âme humaine.
Et pourtant, faut le voir laisser balader sa caméra sur les petits vieux avec la finesse d’un Martin Parr, mais sans ironie. Be Happy est un film qu’on regardera dans 20 ans en se disant « comment a-t-on pu sortir ce film au moment du RSA, de ces débats TV politiques passionnants mais qui servent à rien avec des Zemmour qui répètent exactement le même speech chaque semaine, au moment où Christine Lagarde nous dit que la crise économique ne touchera pas la France, car elle est protégée par les mêmes montagnes qui nous ont sauvé du nuage de Tchernobyl, que Ségo namedroppe des lyrics assassins « ou disparaissez ». Une nouvelle taxe par mois ! Des mecs qui se font poignarder dans le XIXème. Les banques qui déposent le bilan. Non, Be Happy va bien au-delà, malgré son timing un peu fou, poursuit sa thématique de la vérité sociale de Leigh, avec une suite logique dérangeante. Généreusement agressif. Ce mec est brillant.
La cité des hommes
Sep 24th
Incité par la torpeur d’une péloche cracra, comme jaunit par un chaudron, Hibou le chef de gang décide qu’il est temps d’aller se baigner. 3 ans que son posse n’avait pas descendu de sa base perchée sur les favelas. Il ne se rend pas compte que son second, Balladur, prépare son coup en douce pour lui choper sa place. Les deux héros de la série TV (même titre, pratique) ont grandi. L’un est même accidentellement père. C’est compliqué, mais il essaye de pas laisser trainer son fils, pour pas qu’il lui ramène du vice.
Derrière ses clichés et son foot, le Brésil est le modèle sociétal vers lequel la France se dirige inéluctablement. Ca me parait tellement évident que c’est sans doute le laïus politique que je maitrise le mieux, même bourré : La ségrégation raciale et les castes maintiennent 3 couches de sociétés parfaitement distinctes : les milliardaires intouchables, immensément riches. La classe moyenne, elle se fait de plus en plus pauvre tandis que les favelas recueillent les plus pauvres. Il n’y a aucune mobilité vers la première catégorie, seule la classe moyenne peut vivoter dans la peur de ne pas tomber dans la dernière qui elle-même n’a aucune forme d’élévation possible, si ce n’est la classe moyenne, celle qui pourtant fait marcher l’économie. Pour cimenter le tout, il faut une police forte, une puissance répressive forte qui protège bien évidemment la première caté. Lyrical drop d’Ärsenik (t’as vu) “L’espoir fait vivre, mais ceux qui vivent d’espoir meurent de faim”. C’est vers cela que se dirige la France et les symptômes sont nombreux.
Forcément ce ghetto movie sauce brésilienne a pris une tournure plus intéressante que prévu, alors qu’il ne montre finalement qu’une histoire de deux mômes, élevés dans les favelas, mais pourtant ultra positif. L’un bascule presque mal, mais en fait même pas. L’autre recherche son père mais au final, son barbu est un escroc. La thématique est toute trouvée, la paternité. Nothing new ? La cité des hommes développe une forme d’élégance morbide dans son propos. Les gangsta si crâneurs finissent par mourir comme des mouches, presque de manière suggérée. En bédé, on dirait « off panel ». Pouf, tu le croyais mort, et finalement non, le boss peut se faire flinguer dans une ruelle comme un guest dans une série TV de flics lambda. Ce contraste est accentué par cette réa décousue avec classe, passant de la chaleur mélancolique à la froideur d’une rue ghetto. Un climax assez ambitieux mais ça tiens vraiment debout.
Top crédibilité ciné bonus : les flashbacks sont tirés de la série TV. Les mêmes gars. On est loin des films mous du genou avec des mômes engagés sur vague ressemblance.
Gomorra
Sep 14th
« La science dans la rue, c’est de savoir prendre des raccourcis » nous mitraillaient le flow d’Ärsenik. En ne choisissant pas cette voie, Gomorra a opté pour la difficulté. Tout y est non-sexy, cracra, en ruine ou au mieux, à l’abandon. La Camorra contrôle tout. S’entremêlent quelques personnages sans aucun rapport si ce n’est qu’ils sont à différentes extrémités de la chaine. Un jeune qui va se faire engrainer, le vieux qui creuse des trous pour y jeter des ordures, un couturier pris dans la machine et puis surtout 2 guignols gangsta’ wanabees dont on se dit à chaque minute qu’ils vont se faire victimer comme dit Rohff, autre expert en street survie. Problème, on relate pas forcement. Aux ritals, hein, pas à Rohff.
Violent, Gomorra surnage avec son côté caméra à l’épaule grâce à quelques moments plus intenses, plus touchant, où les personnages représentés finissent par devenir tridimensionnel (le final du couturier et du rapace de la finance, sublime). Monté en suivant une rigoureuse check-list, cette F.A.Q de la mafia, malgré ces petites envolées bien senties, a trop des allures de docu touche à tout pour devenir un bel objet ciné. Mais y’a vraiment de l’idée.
Valse avec Bachir
Sep 10th
Valse avec Bachir aurait pu être un de ces dessins animés moches et tristes sur la guerre comme on en a déjà vu pas mal. Mais sa construction habile autour de la réminiscence d’un soldat (le réalisateur), de la manière dont il a refoulé les massacres de Sabra et Chatila. D’emblée, on va écarter le propos ayant pour trait l’animation. Lui ouvrant les portes d’un public beaucoup plus large (la plupart des spectateurs de Bachir venu de la japanim’ ont-ils jamais vu un seul film en hébreu de leur vie ? Paf, dans ton ouverture), il s’exclue néanmoins de toute formulation documentaire pendant 2 heures, jusqu’à ce que des images d’actualité interviennent, tout comme dans « le cahier » (film irano-afghan sorti cette année, critique à venir ici quand y’aura le temps). La durée, parfaite compte tenu du contexte de la lutte pour recouvrir la mémoire, rend encore plus douloureuse cette claque du retour à la réalité. Ari Folman, le réa /auteur/personnage principal, part à la recherche de ses compagnons d’armes, désireux de faire la lumière sur des cauchemars qui le hantent depuis qu’il a servi au Liban.
Une critique revient régulièrement : certains (vous savez, ces discussions de fin de soirée où le ton monte un peu) y ont vu une tentative de dédouanement de Tsahal. Ce qui ne m’a pas l’air d’être le cas. Au contraire Ari, tout comme dans Beaufort, évoque son impuissance, lui et celle de ses camarades. Que le procédé d’Ari, réel ou pas, importe peu, il a absolument le droit de s’autofictionner. D’autre part, j’ai pu constater ce refoulement, processus un peu extrême mais classique chez les survivants des tragédies des soixante dernières années. Des horreurs que les gens de fin de repas ne se rendent pas forcément compte. On est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté. Envoutant jusqu’à l’hallucination, cette fameuse « valse », instant d’envoutement et sans doute un des plus grands moments de films de guerre panthéiste depuis Thin Red Line, Valse avec Bachir avance consciencieusement avec une vraie pâte Mallickienne doublé d’un vrai discours politique remettant en cause l’efficacité de Tsahal. Contrairement à de nombreux pays, c’est de l’intérieur qu’Israël se critique, comme une réponse à un pouvoir politique inanimé. Le contraire de Valse avec Bachir, une critique d’un genre nouveau. Bravo.
Les Sept Jours
Sep 4th
Les Sept Jours symbolisent la période de deuil obligatoire que mènent les juifs à la mort d’un proche. Ils ne sont pas extrêmes dans le dogme mais tout juste un peu tradi : le but de la manœuvre est de se réunir dans la même maison pour dormir, une semaine entière. D’autres us et coutumes viennent s’ajouter à cette contrainte : pas de lits, ce sera des matelas posés à même le seul. Encore ? Allez, de mémoire : pas de photos du défunt. Pas de miroir. Surtout pas de maquillage pour les femmes. Pas de soins du corps. Pas de rasage, pas de douche. S’asseoir sur une chaise aussi, interdit. Pendant 7 jours.
La belle Ronit Elkabetz, actrice, co-réalisatrice, pendant israélien de Jaoui (période pas relou, c’est-à-dire avant) propose un huit clos oppressant, où toute la violence et les ressentis familiaux vont éclater. Sur fond de sirènes et de masques à gaz (ça se passe en 91, en pleine guerre du Golfe, un zeste d’ironie féroce, sans doute la force du film), la famille du défunt va s’égorger et vider son sac. Il y a aussi les plus malins, ceux qui viennent draguer en scred’, exprimer leur frustration, mais tout ça, c’est des apartés. L’essentiel, c’est de bien montrer qu’on est triste. Huit clos, forcément, mais angoissant comme des japonais qui font semblant de ne pas se regarder en heures de pointes dans la Yamanote, on perd le compte des journées au fur et à mesure qu’on sort différents cadavres des placards, que le spectacle anxiogène de la famille qui tente de se couper ses mauvaises herbes toute seule. Même si la fin, genre queue de poisson, n’est pas très satisfaisante, l’équipe Elkabetz s’en sort pas mal grâce à son procédé pourtant déjà vu et revu et enlaidit par les piteuses initiatives récentes de films « chorales » made in France.
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Beaufort
Sep 3rd
Beaufort fait partie de ces films de genre « conscient d’eux même ». Meta-film de guerre, il prolonge la vision du spectateur à mesure qu’ils brouillent les sens et les pistes. Dès la première longue (et formidable) scène, il trucide un élément central de son histoire, sacrifié pour bien marteler la vanité de la situation.
Ce conflit, c’est Beaufort, un nom qui sonne comme une bonne ville de France ou un frometon, est un bastion historique, un château construits par les croisés et territoire conquis au Liban par Israël pendant la guerre de 1982. 18 ans plus tard, l’inévitable frappe à la porte du fortin, mi-château mi-béton : Israël va quitter cette forteresse. Il était temps, les troupes en poste là-bas se font sniper par des roquettes et des missiles. Ils ne servent à rien et ne peuvent rien faire. Désabusé, ils sont tout au plus des pions placés là par un gouvernement absent de l’image, qui ne communique que par téléphone rouge. Rendu impuissant par son instabilité ou son système électoral aberrant, il laisse ses troupes « se débrouiller » en attendant l’ordre d’évacuation.
Anti-film de guerre, Beaufort nous montre des soldats laissés à l’abandon, pris par le doute et crevant les uns après les autres. Chaque attaque du Hezbollah donne lieu à un re-bétonnage sans même chercher les auteurs du tir. On nage dans l’absurde. On évite au passage les leitmotivs du genre (l’amour viril, les caractères bien trempés, les fêtes et les beuveries avant les batailles ou le foot à poil façon Jarhead). Ca ne rigole pas. La caméra préfère se focaliser et surtout se dé-focaliser sur des silhouettes d’hommes au regard perdu espérant un retour au pays le plus rapide, des couloirs, des tranchées… Ils savent qu’ils rentreront s’ils survivent mais personne ne veut être le dernier à fermer la porte.
Il y a eu déjà pas mal de films de guerre condamné à l’échec, mais rarement consacré à un sujet d’actualité aussi brulant. Evidemment, on comparera cette expérience aux capacités du cinéma français (au hasard) à se questionner sur son propre passé. La guerre d’Algérie n’a pas eu son Full Metal Jacket, au mieux un Indigène qui malgré sa générosité évidente n’est qu’un bisounours. Même chose en moins bien pour « L’ennemi intime ». Israël, dont on peut dire sans sourciller que c’est un pays en situation de guerre depuis un paquet d’années, plombé par le secret militaire et la « grande muette », se permet d’avoir son propre cinéma critique, qui ne dédouane absolument pas ses protagonistes. Beaufort, sans avoir la maturité et la maestria pépère d’Eastwood dans Flags of our fathers, est une véritable œuvre critique et mélancolique sur l’actualité.
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Ciné israélien robotics : My Father, My Lord
Sep 2nd
Spécial cinéma israélien ‘08. Amateurs de franche rigolade, voici le programme : deuil, religion, guerre, re-deuil, sans doute un peu de religion et puis de la guerre. Fiscalité, inceste, œdème pulmonaire, ils avaient pas en stock. On va commencer avec My Father My Lord.
Un rabbin ultra-orthodoxe de Jérusalem fait ce qu’il est supposé faire : étudier la Torah. Il essaye de transmettre son savoir et sa foi à son fils, pas récalcitrant pour un môme de 10 ans, mais pas zélé non plus. Genre « Papa m’a dit », mais sans plus. Survient l’accident où le pauvre mouflet va se noyer ce qui ébranlera le père.
Je tiens d’un survivant de la Shoah le témoignage d’un rabbin, constatant l’horreur : « Vide, le ciel est vide ». On ne peut que nier, en bloc. Presque sans paroles, par séquences lentes, à la limite de la réminiscence, on ressent l’incompréhension du rabbin avec des moments de rage contenue face à un dieu qui lui enlève brutalement ce qu’il a de plus cher. Pire, il n’arrive même plus à exprimer sa colère. Comment croire en lui alors qu’il inflige le châtiment suprême à ses serviteurs ? C’est toute les questions que se posent les acteurs se la jouant naturaliste jusqu’au bout. Animé par d’oppressants mouvements de caméra, exigeant et d’une tristesse inouïe, My Father My Lord est une tragédie pudique, poignante dans ses non-dits, une aquarelle de chagrin inconsolable.
Mais sur le même thème, même endroit, Tehilim (évoqué méga brièvement ici) est encore plus métaphysiquement attirant.
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Sparrow
Aug 22nd
3ème Johnny To de l’année, comme une apothéose. Kei est un pickpocket un peu bobo qui, entre deux larcins de haute volée dans les rues de Hong Kong, s’y balade pour faire des photos un peu LoL. Un beau jour, il saisit sur le vif une fille aussi magnifique qu’apeurée. La garce va faire du gringue à lui et à tous les membres de son gang. Manipulatrice, elle les oblige à affrontent un autre gang de pickpockets. Derrière cette histoire de voleurs, Johnny To arrive à créer une sauce western et film de kung fu alors qu’il va absolument rien se passer à l’écran. Comparé à ça, les bastons de Dark Knight sont d’une limpidité Jacky Chanesque. Et pourtant, elles sont adorables. Oui, c’est le mot : To donne aux mouvements de cutter la légèreté d’une comédie musicale (la référence qui saute aux yeux) et la classe naturelle d’un Sergio Leone, le tout dans une sensualité feutrée et une sexualité criante. Il arrive à faire l’impensable, à faire un film d’action sans action. Il est allé au bout du cinéma de (son) genre alors il en investit un autre. Tout comme Triangle, c’est une vraie envie de cinéma qui nous éclate à la gueule sans prévenir.
Fantastique, donc
sur 5. Et ouais.

Mad Detective
Aug 22nd
Il est des films dont il ne vous reste rien, absolument rien. Mad Detective, dans le genre, défonce tout. La première scène nous donne la signification du titre : un détective, profiler sur les bords, se mets dans une valise et se laisse tomber dans les escaliers pour « sentir » la vérité. Il est fou. Mais après, le trou noir. Ca tchatche, c’est moody mais sinon… walou. C’est le deuxième Johnny To de l’année (remember Triangle) et de trèèès loin le plus confus, comme s’il avait volontairement voulu brouiller les pistes. Il ne fait rien pour faciliter la tache. Du coup, il reste comme un blanc.
Dark Knight
Aug 16th
Bizarrement sans spoilers.
On essaye parfois de nous rentrer des messages à grand coup de surin dans le genre « La baisse du pouvoir d’achat, c’est que dans nos têtes ». Celui de The Dark Knight, c’est le même que Nespresso : il est dark, smooth, intense. Batman Begins était une relecture plutôt réussie du cultissime Batman Year One, ici on va puiser dans le Frank Miller intermédiaire, celui de Dark Knight Returns. On imagine que la suivante sera celle où Miller a basculé dans l’anarchisme facho, qui enfonce chaque porte de la démence à chaque ligne de dialogue. Quand il ne menace pas de faire bouffer des rats à Robin, il part en croisade contre Al Qaida. No shit. Question d’habitude, plus on se la joue glauque et plus le grand public adhère, ayant l’impression d’être traité à la hauteur de ce qu’ils attendent. Hop, Zelda, des éléments zarbi et tristes dans un monde gris, et paf, on vous dira que la saga devient “enfin adulte”.

Mais revenons à TDK. Batman y est donc grim’n’gritty, c’est comme ça que s’appelle ce style. Il nous le rappelle à tout bout de champs, que sa croisade est difficile, qu’elle le bouffe, que le bien, le mal, deux facettes d’une même pièce etc etc. De la dichotomie Nietzsche bien fado, mais balancée ad nauseum. Sans une once de recul (sans doute la plus grande qualité d’Iron Man), premier degré à en mourir, TDK veut nous convaincre tellement fort qu’il est « noir et obscur ». Et le grand malheur, c’est que tous les dialogues « sérieux » sont poussifs à l’extrême, persuadé de leur propre profondeur comme un élève de 6ème qui fait son exposé. Baser tout le récit sur une version futuriste et alternative d’un Batman psychotique était un peu lourdingue, mais ce n’est même pas allégé par un scénario clair. Résumé, en gros: alors que Harvey Dent, Gordon et Batman s’unissent pour chasser l’argent de la pègre, bien en sécurité dans les banques, intervient un chinois, mix de Kerviel et Bernard Tapie; qui rafle le magot et l’emmène à Hong Kong en sécurité dans sa Société Générale à lui. Se colle à ça Joker qui n’a qu’une envie, se mesurer à son ultime Némésis. Say whuut ?! La mafia laisse son argent en banque ? Et… ils découvrent l’existence des comptes offshore en 2008 ?
Joker va proposer ses services à la mafia, puis menace ses victimes V.I.P. mais les prévient en foutant leur ADN sur une carte à jouer… Wow vraiment, le Joker ferait-il des trucs comme ça ? Ce n’est que la partie immergé de ce vilain passé en mode Lex Luthor. Et Batman, lui, va faire un tour à HK récupérer des cd pirates et le chinois. C’est si confus, si peu cohérent et surtout, ce n’est pas une mise en place très amusante. De faux Batmen ? Une piste fun qui dure 2 mn à tout casser. Nolan a cherché à rendre le film dense, rajouter le maximum d’éléments (parfois très bien choisis) que le récit fini par ressembler à un gloubi boulga. Wayne fait un tour dans son atelier et essayer des gadgets en tripotant tout comme Bond. Rien ne nous échappe, sans aucune ellipse ou subtilité, jusqu’à la Bat Armure qui permet de tourner maintenant la tête. Tout est presque bi-sous-titré pour ceux qui se le mattent en VOSTF. A-t-on vraiment besoin d’un mec qui nous disent “mais c’est un téléphone portable” après 1mn de build up, de sonnerie et surtout d’un téléphone qui brille pour bien qu’on le voit, comme un objet dans un survival horror ? Dark Knight et son Gotham de jour (Chicago en fait, ça c’est raccord) ressemble finalement dans ses grandes largeurs à une de ces séries de type Law & Order, des séquences de bat-fighting en plus.

Joker 2K8
Un mot sur les acteurs car à part les camions qui explosent sans CG, tout repose sur ce casting super léché. Heath Ledger joue son Joker façon star du rock à la dérive. Ses répliques sont les meilleures et se permet quelques scènes incroyables. D’ailleurs la plupart des acteurs s’en sortent vraiment bien, sans trop en rajouter. Dégât collatéral, les vilains vampirisant la caméra, ça nous renvoie à Burton et ça sidekick encore plus le héros à chaque fois. Mais à chaque période son Joker, celui là tient du clown triste. Aaron Eckhart dans le rôle de Dent est vraiment bon en incorruptible adoré du public, véritable Dominique Strauss-Kahn que tout le monde voulait voir en candidat pour Gotham à la place de la conne. Gordon aussi est bien en valeur, lui qui n’en avait pas besoin après Begins. Il y a des petits moments de bravoure, du beau jeu, de la finesse (Wayne / Bale absolument impeccable, jusqu’au verre d’alcool balancé en skred dans les pots de fleurs) et pleins de bons morceaux choisis par Nolan pour faire monter la sauce. Et Maggie Gyllenhaal, même archi moins sexy que dans la Secrétaire (désolé, liens youtube interdit aux mineurs), est là pour nous rappeler à quel point Katie Holmes était une désastreuse erreur de casting.
Mais pour un film qui jouait la pole position de l’été, on est un peu dans la déception olympique. Résultat: un modeste
accordé pour de bonnes patates dans la gueule et de jolies cascades en truck et à moto. Allez un dernier pour la route:

youhouuuu
Pour finir, mon Batman préféré, celui de « It’s you… 


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