Cinématographe
Tree of Life
May 22nd
Tu te souviens quand Google Earth est arrivé ? Quand tu pouvais passer de l’infiniment petit du toit de ton immeuble ou d’ailleurs et que tu dézoomais jusqu’à l’infiniment grand du cosmos. Puis zoom, encore, sur la maison de ta mamie, sur la sortie sud de Shinjuku, ou encore sur la rue Ordener ou la maison de tes meilleurs potes. J’étais fou, j’ai fait ça pendant des heures, et même si on a désormais accès à ce magic trick depuis un téléphone ou un pc portable, je suis persuadé que ça me fascinerait encore pendant des heures.
Pourquoi ce remember si 2005 ? Parce que Malick a fait son film Google Earth et bien plus encore. Récemment, j’écrivais un article à propos d’un jeu qui risquait de sombrer à tout moment dans la fadaise intergalactique. Sauf que lui y tombait vraiment, fallait faire avec, l’accepter et passer à autre chose. Car il n’avait pas les reins de sa prétention assez solide.
Dans l’absolu, Tree of Life est le yang de A Serious Man qui réinterprétait aussi le Livre de Job ce qui donne le ton de la complainte. Plus terre à terre, Tree of Life “n’est que” l’histoire d’une famille qui sera endeuillée. La mère n’est qu’amour. Le père, c’est l’homme à l’ancienne, celui que tu t’imagines dans l’Amérique des années 50. Le genre de mec qui élève ses trois enfants à la dure. Il commet des erreurs devant nous, ne les ménage pas, les dérouille, se fait appeler Sir. Pourtant, je n’ai jamais vu un père autant dire “je t’aime” à ses gosses (qui, d’ailleurs, jouent merveilleusement, ce qui est rare pour être souligné). Mais comme d’habitude, ce n’est pas forcément le vrai sujet avec Malick qui filme avec autant d’amour un nuage ou un oiseau que la maxi-star du moment (Richard Gere, Brad Pitt, Colin Farrel, même combat), rendant sensuel tous ses plans. Il n’y a rien de forcément nouveau dans Tree of Life, tous ses propres clichés sont là. La main dans l’herbe, la balançoire, l’eau à niveau des orteils, les complaintes… Un ami le résumait ainsi : c’est du “Malick-porn”, le film somme dans toute sa splendeur. Et on peut difficilement aller plus loin que Tree of Life qui a l’ambition de toucher à la foi. Rien que ça. Comme d’habitude, il y a une double narration : la première, celle qui est filmé, et puis, le plus important, ce qu’ils pensent à ce moment là… Comme quand Farrel pense à l’amour alors qu’il se fait torturer in le Nouveau Monde.
Et puis il y a Sean Penn, toujours borderline “Nicolas Cage” quand il s’agit de jouer la souffrance (remember 21 grams) serait peut-être le maillon faible du film, errant dans un New York post 9/11 déshumanisé, marchant ensuite sur du sable comme dans une pub pour du parfum. A tout moment, Tree of Life risque de se Shaddaiser, de devenir un object of LoL. Qui peut-être se réconcilie avec son père. Mais comme le reste, ça n’a pas d’importance.
Bien sur, certains penseront qu’il ne s’agit de quotes bigotes rajoutées de manière aléatoire, sur fond de moment de vie ou de Big Bang. Et puis, dans Tree of Life, il y a des dinosaures qui vont, sans déconner, se marcher dessus. Tu me connais, je serais pour que les Saurus se battent à mort, pourvu que ça fasse du beau spectacle. Hell, j’ai été jusqu’à acheter un jeu pc juste parce que le 3ème Reich, sur ordres d’Hitler, ressuscite des dinosaures et les utilise contre les alliés pour gagner la guerre. Car j’avais envie de voir des dilophosaures armés de fusils semi-automatiques. Mais là, il se passe tout le contraire. Le premier dinosaure va épargner le second, soit l’acte fondateur de l’humanité, la première trace de cette compassion qui fait de nous des êtres humains. Et en y réfléchissant bien, act of god ou pas, un chrétien fondamentaliste ne devrait pas apprécier être résumé à un lézard préhistorique qui prend son collègue en pitié.
Finalement, Tree of Life fera le contraire de ce que devrait faire la religion, il ne cherchera pas une ligne médiane de compréhension pour mettre les gens d’accord. C’est le contraire d’un film zélote. Film hors norme, hors note aussi, terrifiant de beauté formelle, assommant pour cette ambition-prétention permanente. Le love/hate movie, par excellence, tout aussi mégalo que radical et prodigieux. Mais je peux te dire, sans sourciller, qu’en compilant toute une vie de famille, de l’origine des âges à sa fin, qu’il s’agit là d’un des meilleurs trailer que j’ai jamais vu de ma vie.
Forcément, je n’en pense pas moins :

La Conquête
May 20th
Je me souviens d’un reportage circa 2006 où des caricaturistes regrettaient déjà le départ de Chirac. Chacun y allait de sa minute nostalgique, dessinant les grandes lignes de Mitterrand, Chirac ou de Gaulle pour nous prouver à quel point le nouveau gus qui allait débarquer n’a pas les épaules pour le job. Stop, les mecs, vous vous êtes gourés. 2011 nous prouve aujourd’hui qu’on peut faire de la politique-fiction avec n’importe qui. Joaquin Phoenix a eu son I’m still here, Sarkozy aura le sien, mais avec moins de nudité faciale.
Mais pas d’objection là-dessus, Sarkozy n’a pas la stature présidentielle. Ca s’est joué à peu hein. Chirac aura sans doute son musée quai Branly aussi facilement que François Mitterrand sa Grande Bibliothèque. Mais Sarkozy, sans rire, qu’en restera-t-il ? Un musée sur l’immigration ? Et puis il y a eu sa meuf à Disneyland Paris parce qu’avec Carla, “c’est du sérieux“, le yacht, sa Patek plus chère qu’une rolex, “casse-toi pauv’ con“, l’Epad promise à fiston, “si tu reviens j’annule tout” et puis le fait qu’il se fasse masser le périnée… Avec un dossier long comme une barbe de Loubavitch, faut pas s’étonner qu’on fasse un film de ta life. Et puis même si Sarkozy n’est pas “un grand fauve” de la politique à l’ancienne, c’est au moins un animal assoiffé qui fera un bon sujet de film.
Mais pourquoi un blockbuster ? Pas la moindre explosion, pas le moindre coup de pied sauté, même de la part de Devedjian, pas l’ombre d’une patate dans les dents… C’est que la Conquête nous raconte quand même une histoire high profile, l’ascension d’un président (encore en exercice, le film tu pourrais le youtuber tellement c’est frais !) dont la vie personnelle se dérobe littéralement sous ses pieds. Scénariste star (Patrick Rotman des jolis docs sur Chirac mais surtout son entretien vérité avec Jospin qui devrait être, sans déconner, ton dvd de chevet), acteurs pas franchement connus mais souvent larger than life, qui jouent généralement sans trop guignoler, répliques connues sur répliques archi-connues, la Conquête est, sans discussion possible, le blockbuster à la française que l’on attendait (et grand dieu, j’ai vu Largo Winch 2 pour en témoigner aujourd’hui).
Mais malgré ce qui est le projet le plus ambitieux du ciné français depuis bien trop d’années, il manque un truc. Sans doute la dimension cinéma. Comme une histoire. Les séquences s’enchainent autour de saynètes où chacun des personnages désormais historiques viennent balancer leur one-liner devenue immortel mais qui ne surprendra aucun lecteur du Canard Enchaîné. Et il ne manquait vraiment que “Tu l’aimes ou tu la quittes” pour que cette compil soit complète. Il règne quand même une atmosphère de cheap à chaque plan qui ne s’appuie pas sur une réalité documentée. D’accord, ce n’est pas le jardin de l’Elysée, mais alors cette scène de foule dans la rue (spoil) le soir de l’élection de Sarkozy, c’est juste hi-deux comme un passage français du dernier Eastwood. C’est dire. Où comment faire revenir des ambitions à portée de téléfilm en quelques images.
Du coup, le vrai passage intéressant, c’est cet amour qui se déchire entre deux sketchs des Guignols IRL. Ces derniers avaient l’avantage d’essayer de créer du drôle quand la Conquête ne peut s’appuyer que sur le venin des chiraquiens pour aligner des quotes immortelles. Les chiraquiens, justement, en prennent plein la gueule. Villepin est un vrai fou délirant et le film n’hésite pas à la condamner sans équivoque à la place du juge dans l’affaire Clairstream. Quand à Chirac, c’est “le roi se meurt”, mais avec Bernard le Coq à la place de Michel Bouquet (qui, lui, a fait son OPA sur Mitterrand). Pas de chance, mais hé, il l’a bien cherché, vu son quinquennat affreux. Denis Podalydès avec lequel j’ai du mal que ce soit un rôle classique ou dans Neuilly Sa Mère joue ici le rôle de sa life, incarnant sans rentrer dans la caricature, en véritable ventriloque de Sarkozy.
Et puis il y a les out-of-character (et je ne déconne pas) : Henry Guaino passe pour un gauchiste qui fait des high five. Dominique Besnehard surjoue Pierre Charon qui surjoue Ségolène Royal, really ? Et puis surtout, Claude Guéant sourit. Et ça, même avec des images de synthèse, t’y arrives pas.
Mais il y a un dommage collatéral à la Conquête. Il est évident que cette initiative, transformant Sarkozy en héros de cinéma, va le rendre plus sympathique, surtout après le cycle “Blu-Ray-diffusion TV”. Le traitre blessé, le winner cynique mais malin, le mari (à peine) trompeur et délaissé, tout ça. C’est peut-être ça le problème de Sarkozy, c’est qu’il a tellement abaissé la fonction présidentielle qu’il est parvenu à rendre plausible l’idée qu’il est un personnage de cinéma presque centriste, moche mais touchant, dans un blockbuster à la carrure d’une fiction TF1. Espérons que cela reste sans suite.
Wu Xia (Trailer)
May 11th
Legend of the Fist
May 10th
C’était écrit. Tu ne pouvais que tomber amoureux de Legend of Fist, dès la première seconde de son trailer. Dans la grande tradition des actionneurs américains des années 2000 (ça fait bizarre d’en parler au passé), Donnie Yen balance tout, tout tout, dès le début. Et ce qu’il te balance à la gueule, c’est du rêve.
Ferme les yeux.
On est en France sur un champ de bataille de la guerre de 14-18. Une gatling teutonne l’allume, Chen Zhen (le même héros que dans Fist of Fury de Bruce Lee, mec !) et ses compagnons chinois, à savoir un petit contingent de chinois mobilisé par le gouvernement pour aider tant que possible. Ils sont foutus et ils tombent comme des lapins. Donnie aka Chen bondit et entame alors une course effrénée à travers les débris. Puis il se balancera sur un câble. Yamakazi et Tarzan pulvérisés en 3 plans. Il utilise des baïonnettes récupérées en chemin pour escalader le bout de mur qui lui reste à grimper, toujours sous le feu croisé allemand. Puis il tabasse un premier soldat. Lui chope aussi sa baïonnette. Et à ce moment là il place une technique si belle que je lui ai écrit un haïku en son honneur. C’est :
“Attaque de la double baïonnette tombée sur soldat allemand”
Tiens, avec du son.
Il est parfois difficile d’isoler un moment précis dans sa vie, mais à cet instant-là, Legend of Fist est pour moi le meilleur film de tous les temps.
Puis de Tai Chi Master chez les poilus, le film bascule dans complètement autre chose, dans un Shanghai sous domination japonaise. Sans rire, Andrew Lau est en train de nous réécrire Casablanca mais avec des chinois. Et Donnie en Humphrey aux coups de poing tournoyants. Plus fort encore, pour lutter contre l’oppression, il va s’inspirer d’un héros populaire chinois pour se déguiser en Frelon vert. Et il va sans dire qu’il défonce gentiment le gentil Kato de la version Gondry. Mais ce qui est génial avec Donnie Yen, c’est qu’en plus, il sait vraiment jouer la comédie. Ça fait tout de suite la différence.
Mais malgré toutes ses qualités (from the director of Infernal Affairs quand même) et sa maitrise chorégraphique de fou, il y a quand un petit hic dans Legend of the Fist, comme si les coréens avaient fait une OPA sur les films historiques “multi-genres”, où ils mélangent grande fresque, humour, grand sentiment. Et éventuellement baston. Legend of the Fist (qui fait suite à la série TV du même nom, Donnie déjà dans le lead role à l’époque) abuse de la CG, s’éternise là où il ne faudrait pas et a parfois des méchants airs de Vidocq. Fort heureusement, il te balance un final de fou, avec l’inévitable duel final contre un japonais. Oui, un film sur deux avec Donnie se termine par le combat de la vengeance contre l’oppression nippone. Et sur moi, ça a l’effet libérateur d’un Death Proof : un vengeance movie historique de kung fu. SOLD.
Donc, pour cette intro du bonheur, pour ce finish au sang brûlant, ça sera
Oh et “la fille” du film, c’est Shu Qi. Je crois qu’on ne voit jamais assez de Shu Qi dans la vie.
Sortie en DVD le 1er Juin. Et comme je suis de bonne humeur, hop, un autre micro-extrait de bonheur.
The Way Back / Les chemins de la liberté
May 7th
Peter Weir est un réalisateur complètement Airwolf. A tel point que Master & Commander est, pour moi, un des films fondamentaux des années 2000. Quel que soient tes goûts, il y a forcement un de tes films d’amour qui lui doit son existence. Genre There will be blood et compagnie… L’histoire grand angle, des personnages bien dessinés, un souffle humaniste, c’est donc un peu la marque Weir, un maker de qualité.

Alors le voir aujourd’hui dans un film Based on a fucking true story. Encore. Et il adapte ici The Way Back un roman d’évadés d’un goulag, le sujet à risques qui me fait grincer des dents. Mais au moins, la direction artistique et l’ambition créative sont annoncées dès le début avec le logo “National Geographics”. Ce qui signifie en gros “Tu vas voir de beaux paysages”. Mais là, Man Against nature tu repasseras: les fugitifs n’ont vraiment que des problèmes de survie conjoncturel, un peu comme quand un mec recharge son arme dans un film de John Woo. Il le fait pour la camera, pas pour le réalisme.
Et puis il y a ce problème de langues, ces acteurs qui ne peuvent pas faire genre ils parlent russe pendant 2 heures (en tête Colin Farrel, jouant un renégat mutique, pas mal). Et bon, les mecs qui font semblant d’être russe, même avec la classe inouïe de Viggo Mortensen, ça ne marche pas forcément sur les fils d’immigré ruskof.
La langue du dénominateur commun sera donc l’anglais courtesy la présence d’Ed Harris. Ça aurait pu être pire, les mecs. Éd est génial, qu’il joue ou qu’il réalise. Il a vraiment le potentiel de se faire une carrière d’Eastwood de gauche sur le tard, un de ces acteurs qui s’améliorent avec le temps, comme le bon vin. Mais mec, il est freakin’ trop long ton film. Bon, je t’avoue, à chaque fois que je vois une plaine, la toundra, de l’herbe, une montagne, en ce moment, je pense à Mallick que j’attends un peu comme le messie. Du coup, le film de Peter Weir me parait forcément plus posé, moins sensuel, une histoire qui a du mal à embrayer avec un finish vraiment nul. Mallick, viens, j’en peux plus de t’attendre.
The Eagle
May 3rd
Amateur de films d’action “mecs en jupes inside”, tu seras content. Ca fait longtemps que la tension homo-érotique n’a pas été aussi forte dans un actionneur de l’été. En fait, j’dis ça mais depuis, j’ai joué à El Shaddaï qui a complètement chamboulé toutes les barrières. Mais on y reviendra ici.
Mais donc les péplums, blockbuster ou pas ? L’année dernière j’avais inclus Centurion et Robin Hood, il n’y a pas de raison de faire l’impasse sur The Eagle, même s’il y a Channing Tatum dedans, le mec dont la cheminée est recouverte de Teen Choice Award et de MTV Movie Awards, un mec à ranger sur la même étagère qu’Ashton Kutcher niveau intérêt. J’ai déjà vu des téléfilms TF1 plus intéressants que Channing Tatum. Mais il a survécu à G.I. Joe, le blockbuster des seconds couteaux, donc un peu de respect…
Le voilà dans la peau de Marcus, un jeune centurion blessé au combat. Sa carrière suspendue, il se décide à partir chercher “l’Aigle”, symbole de la 9ème légion. Based on a true story jusqu’à ce que Channing Tatum ouvre la bouche, cette légion a disparu il y a des dizaines d’années dans le nord du nord de ce qui deviendra le Royaume Uni. Décimée ou kidnappée, nul ne sait ce qu’elle est devenue. Marcus fait tout ça pour laver l’honneur de son père qui commandait cette légion (à la clef flashback naturaliste sépia à la Gladiator).
Il emmène son esclave, joué par Jamie Bell (superbe presta, par contre), qui est un mec de là-bas. Un ch’tit esclave. Evidemment, ils vont devenir amis puis il y aura flip-flop comme on dit chez les pasoliniens. Le maître deviendra esclave et vice-versa. Sens-tu la puissante métaphore ?
Kevin Macdonald (le dernier roi d’Ecosse) a un peu de mal à donner à cette prod la grandeur dont elle aurait besoin, comme si, dix ans après Ridley, planait encore l’ombre de Russel Crowe sur toutes les velléités d’héroïsme de la Rome Antique. Pourtant, il y a à peu près tous les ingrédients, en premier lieu l’inévitable rôle du mentor, alias le “grand et vieux acteur connu de 143 ans”, en la personne de Donald Sutherland. Et puis deux apparitions si bien masquées que tu vas les zapper si tu clignes des yeux une seconde de trop. Mark Strong, le go to guy quand Hollywood a besoin d’un méchant en ce moment (Sherlock Holmes, Robin Hood, Kick Ass et bientôt Green Lantern) et aussi Tahar Rahim, le “prophète” d’”Un Prophète“, une apparition grimée comme pour nous rappeler que c’est compliqué de revenir du rôle de sa vie.
Le plus bizarre dans the Eagle c’est que sa fin le transforme tout entier en buddy movie où le politicien romain se fera envoyer bouler comme la blonde bêcheuse qui faisait rien que d’embêter la gentille héroïne d’un teen movie. Finalement, peut-être que c’était ça le but de la manœuvre, de basculer de l’actionneur gay-ish à une normalité amicale digne de Bad Boys… “Everybody wants to be like Mike Lowrey.”
Akira Kurosawa et le séisme
May 1st
Je suis tombé sur ce passage en relisant la bio d’Akira Kurosawa. Oui, je fais ça en étudiant de nouvelles méthodes pour tuer les gens avec un cable iPod.
Voici un des deux petits chapitres qu’il consacre au Grand Séisme de Tokyo qui ravagea la ville en 1923. Hé, c’est Kurosawa, donc il tient en respect l’internet et les wapanese blogs.
Comme une autobiographie, Akira Kurosawa, aux éditions de la Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma (il a l’air out of print, bon courage pour le trouver). Si t’es encore de bonne humeur, j’enquillerais avec le chapitre suivant.
Ma part du gâteau
Apr 29th
Klapisch a définitivement basculé et lance dans un genre de film qui va donner du grain à moudre à Zemmour. Un film de gauche-niaise. Et aussi un des pires films de l’année. Accroche-toi, c’est l’heure du gâteau.
Voici France. A.K.A Karin Viard. Elle se retrouve au chomedu à la suite de la fermeture de son usine, coulée par un trader sans scrupule. Ce trader goldenboy bégé à qui tout réussit, c’est Gilles Lellouche (rire). Celui-là même qui réussissait à mal jouer sans être à l’écran dans l’inoubliable (…) Petits mouchoirs. France va quitter son Dunkerque pour taffer, sans le savoir, comme femme de ménage chez le trader responsable de toute la merde à son usine.
Ce qui aurait pu être une fable para-lutte des classes se transforme en torture pour le spectateur. Et je pèse mes mots. Comme je me suis sacrifié pour voir ça pour toi, je t’ai choisi une scène, LA scène qui résume tout.
France sort ses gosses au parc. Elle leur apprend à filer de la bouffe aux canards.
Elle : “Et surtout, lancez le pain le plus près possible des petits canards.”
“Oh on s’en fiche”, répond sa social-traîtresse de fille de 10 ans.
“Comment ça, on s’en fiche ?! crie la France ulcérée. “Si tu ne fais pas ça, les petits se font taper et dépouiller par les plus gros canard ! Il faut donner sa chance à chacun.”
AS-TU SAISI LA SUBTILE MÉTAPHORE ?!
Klapisch est frappé d’un mal connu : son nouveau film est à chaque fois un peu plus nul que le précédent. Et là, il n’a pas juste perdu son groove. On touche le fucking fond. Ma part du gâteau est un pamphlet à son niveau actuel, celui de la gauche-canard.
Thor
Apr 26th
A-t-on vraiment besoin d’un réalisateur ? Pour les films de super-héros, il en faut un qui sache laisser son égo au vestiaire pour devenir l’outil qui utilisera au mieux le matériel d’origine. Bien sur, j’aimerais bien voir (au pif) James Cameron réaliser un Doctor Strange mais il le ferait tellement à sa sauce que ça donnerait probablement un truc indigeste. Les films de super héros post-Matrix, de X-Men à Daredevil, ceux qu’on n’a pas vraiment envie de revoir sauf pour voir le torse à Jackman ou pour voir Affleck se faire humilier, essayaient de triturer au maximum le matos original pour en ressortir en général les lubies du réalisateur. Mauvaise idée, ça finit généralement en connerie du genre Superman qui lurke Loïs par la fenêtre, sous-texte “le refoulement homo”. Ce qui, mind you, n’est pas exactement le propos de Superman. Tant qu’à faire, en porno, c’était plus fidèle. Tout ça pour un film de Cameron sur Strange, et non pas une bonne histoire de Strange, un peu comme on dit aujourd’hui “les Batman de Burton ou de Schumacher”. Et le film de super-héros, c’est une production fun qui doit être fait avec sérieux.
La démarche d’Iron Man était sans doute la meilleure. Car il se posait la question de savoir “que peut-on garder au maximum” et non pas “qu’est-ce qu’on peut vider dans la cuvette pour se la jouer cool ?”. Volontairement ou pas, Brannagh n’a pas touché au canevas super héroïque évident : exposition des personnages, arrivée, crise du 3/4 du film puis scène finale qui sert de boss de fin pour le jeu vidéo et pour les ventes de jouets.
La dernière fois que Kenneth Branagh est passé devant mon radar, c’était pour cette Flute enchantée un peu louf après des années de délire shakespearien mégalo, parfois en blonde décolorée. Mais de ce monde à celui de Thor, il n’y avait visiblement qu’un pas. Quand tu vois Asgard apparaitre la première fois, ville dorée brillante avec la gueule d’un orgue symphonique, t’as un peu peur. Et certaines séquences n’hésitent pas à lorgner vers le kitsch assumé d’un Baron de Münchhausen.
On pouvait vraiment craindre qu’un mec de formation shakespearienne se la joue trop tranquille, justement. Le syndrome Timothy Dalton avec Bond, les mains dans les poches. ”Ce ne sont que des illustrés, après tout.” Mais il y a un soin particulier dans ce Thor marvélien, un équilibre qu’on avait plus vu depuis le premier Iron Man, une fidélité étonnante qui n’est mise en branle que par les tentatives de le rendre plus girl friendly avec du pec de bégé. But wait, girl, j’y reviens.
Tu connais normalement tout ce qu’il faut savoir à propos de Thor. La clef de l’histoire, c’est les conflits familiaux asgardien. No surprise, donc. Victime de son arrogance, Thor-Devedjian est banni du royaume d’Asgard suite à une machination de son frère Loki-Balkany. C’est ce qui arrive un comics sur deux. Odin tombe malade et Loki va vouloir se venger de toutes ces années de brimades. Redevenu mortel et faible, dépourvu de Mjolnir (son marteau de combat), en exil sur Midgard / la Terre, Thor est obligé de s’habituer aux humains dans des séquences qui font écho aux classiques du genre, je te le donne en mille, les Visiteurs. Il est recueilli par Jane Foster / Natalie Portman, la Kad Merad de l’année. Et à part la scène d’intro, inhabituellement nulle, elle ne gâche rien. Et aussi lame que cela puisse paraitre, ces scènes de pur sitcom terrestre sont assez réussies. Peut-être un peu à cause de sa sidekick jouée par Kat Dennings, jolie fille inventée pour l’histoire qui fait une prestation de copine moche (mais google image te dira le contraire) mais à l’humour LoL internet 2.0 toujours activé. Et puis la belle Lady Sif nous fait aussi oublier un peu plus Portman. 3 filles dans le même film, on pourrait croire que c’est pour te faire le triple effet Megan Fox ? Pas vraiment.
Chris Hemsworth (George de Kirk, à la limite du caméo dans le Nu Star Trek) a l’avantage de ne pas être très connu. C’est une bonne chose dans un film de super héros : garder l’acteur grand calibre pour le rôle du némésis ou du papa, c’est le mieux à faire. Remember Marlon Brando et tant d’autres. La street cred niveau acting, tu l’auras bien assez avec Anthony Hopkins qui donne tout ce qu’il a dans papa Odin. Mais revenons à Chris en mode complément fitness-protéiné. Je n’ai jamais entendu une salle glousser autant de rire, un peu gêné devant Chris, galbé comme il est. Enfin si, la dernière fois pour moi, petit moment de honte, c’était des filles qui pouffaient devant Jude Law devant The Holiday, parce qu’il s’était mis des lunettes… (et, sidebar, avis général, Jude Law avec des lunettes est tout aussi baisable que sans. Et même avec son récent coup de vieux et ces pubs où il respire fort au téléphone pour faire flipper). Mais Thor s’en délecte avec abus. For crying out loud, Thor a une scène de baston contre les agents du S.H.I.E.L.D DANS LA BOUE, qui fera assurément vibrer toutes les amatrices de 3ème mi-temps du XV de France.
Heureusement, il est vraiment bon dans son rôle. Il y croit et ça se voit. Pour aider, Brannagh a décidé de ne pas trop abuser de certains effets, genre un mec en armure qui vole, guidé par son marteau magique. Juste ce qu’il faut. Mais globalement Thor a décidé d’être fidèle au maximum. On retrouve les Warriors Three, les concepts magico-loufoques d’Asgard, le pont arc-en-ciel, the Destroyer (fuck yeah !), même Donald Blake (l’alias de Thor du comics)est de la fête, d’une certaine façon… Mais il y a un grand écart que l’on qualifiera d’ethnique. Idris Elba, un noir mais le meilleur noir du monde, immortel Stringer dans the Wire, incarne Heimdall (doublement mon personnage préféré donc). Okay, right, ce sont des dieux nordiques, mais ils en sont la vision marvelienne, ajouté à l’habitude shakespearienne de faire jouer des hommes à la place de femme et tutti quanti. Autant le choix de Sam.L.Jackson était discutable à l’époque en tant que “le noir à la mode bancable qui sait gueuler à l’écran”, autant Idris est assez formidable, imposant une véritable présence avec très peu de lignes de dialogues, tout en rappelant dans ses interviews avec malice que, hé les mecs, Ben Kingsley jouait Gandhi. Guy has a point et puis ça fait chier la droite américaine, Airwolf, gars. Je suis moins convaincu par Hogun des Warriors Three, incarné par Tadanobu Asano. C’est vrai qu’il avait l’air asiatique, limite khazar, quand il était dessiné par Buscema, mais le problème vient plus de la langue, harmonieusement “brochette-fromage”. Parce que tant qu’à jouer le dieu nordique pop, autant le faire dans un anglais impeccable.
On peut reprocher à Thor de se contenter de suivre les rails de l’actionneur automatique qui va se concentrer sur Loki et Thor, plutôt que de nous offrir des combats dantesques contre un hypothétique Fafnir ou Jormungand. Le Destroyer ne détruit même pas assez de trucs pour me satisfaire ou le rendre plus crédible comme menace. Non, Thor se la joue presque modeste, déroulant un assemblage baroque de scènes de baston, sitcom terrien & drama asgardien over 9000. Mais il réussit à rendre crédible, d’une manière un peu unidimensionnelle, le moins adaptable de tous les héros Marvel, le plus massif mais aussi le plus brut de décoffrage. Et contrairement à Iron Man 2, il ne donne pas l’impression de voir le poussif trailer d’un autre film qui sortira dans deux ans. Mieux que ça : de tous les films Marvel sortis à ce jour, Thor est celui qui donne le plus l’impression d’un Marvelverse cohérent, en plaçant clin d’œil et caméos gros comme des Optimus Prime qui feront bouillir les fans. Malin et smart, Thor pourrait même, soyons fou, passer comme un divertissement intello des fans de Brannagh. Car, par Odin, les lecteurs de Télérama ont droit à leur pop-corn movie ! Même eux !
ow j’ai failli oublier :

Detective Dee : Le mystère de la flamme fantôme
Apr 20th
Tsui Hark est le Jospin du cinéma de HK. Après avoir balancé son best of à la fin des 90′s, il s’est presque retiré, revenant au cinéma comme d’autres essayent de revenir en politique, en tâtonnant, avec des films underground voire indé même pas sortis en vidéo ou de fabuleux bouts expérimentaux comme le début de Triangle.
Difficile d’exister après les deux plus grands films d’action de HK de tous les temps. D’un côté, The Blade. Qui aurait pu être un point final mais c’était sans compter son frustrant exode à Hollywood. Revenu tout énervé après s’être fait scalpé son génie par des tocards, il sort Time & Tide. Celui que j’appelle le blockbuster “art moderne”. Le film le plus véner de tous les temps.
Mais que reste-t-il de Tsui Hark ? Il a l’air rentré dans le rang avec son film ordonné, mi-sage, mi-brouillon, remplis de CG volontairement over 9000. Mais comme n’importe quel créateur, il parle toujours un peu de lui-même. Si tu lis entre les lignes, c’est assez évident. D’ailleurs, un de ces précédents Direct-to-même-pas-vidéo s’appelle “Missing”. Dans Détective Dee, Tsui est un peu ce héros juste et noble, malin et taquin, mais retenu 10 ans au cachot pour s’être rebellé contre une régente dictatoriale à la fin du VIIème. Presque Based on a True Story, mais j’te sors pas le logo, ce coup ci.
Dans la civi chinoise, l’impératrice Wu (la dernière femme à avoir dirigé le pays) a toujours été présentée comme l’exemple du “femme au volant, mort au tournant”, l’argument du “les femmes n’ont pas de place en politique” vu le chaos dans lequel le pays s’est retrouvé. Et la tentative de réhabilitation de la part de Tsui Hark ne devient évidente que vers la fin. On lui pardonnera tout car c’est le symbole de l’unité, un peu comme les emplois fictifs de la Mairie de Paris. Mais pendant tout le film, cette femme maléfique, colérique, odieuse et traitresse m’a fait penser à… Ségolène Royal. Elles ont même des similarités dans le visage.
La réalisation est kitsch au possible (on pense très fort à la baston finale de Sherlock Holmes). Mais comment éviter ça dans un action flick historique où se construit un Bouddha géant de 600 mètres dont la destinée semble être de se casser la gueule comme tous les machins mastoc de cette taille. Et puis les bastons sont assez confuses, le style du god-chorégraphe Sammo Hung (revu récemment dans Ip Man 2), avec son style tout en énergie brute ne se marie pas vraiment avec la rapidité ombrageuse de Tsui Hark. Mais c’est comme les mélanges d’alcool, le résultat est parfois surprenant, d’une bizarrerie incroyable. Détective Dee est le seul film de ma vie où j’ai vu un cerf qui se prend un High Kick dans la gueule. Je répète : un cerf se prend un High Kick dans la gueule. Et ça, mec, un “Jumping The Deer” de ce niveau, ça mérite les plus beaux éloges.
Il serait facile de ne voir dans Détective Dee qu’un whodunit médiéval chinois à forte ambigüité morale. Mais il y a un truc qui se joue ici. Réunissons les indices. Dee Renjie est un détective de génie obligé de cacher son jeu. Il aura deux sidekicks, Pei un petit albinos véloce, et Jing-er. Son Robin et sa Batgirl. Il est détesté pour sa lutte contre la corruption. Il est quasi invulnérable et peut te tuer n’importe qui avec une cuillère, mais ne le fait pas car il est bon. Il ne se venge pas, il rend justice. En gros…
Détective Dee, c’est BATMAN AVEC DES CHINOIS.
In my book, c’est un très solide …
On revient de loin.
Summer Blockbusters of Love 2011
Apr 19th
Chacun ses marronniers. Ceux situés dans le triangle des bermudes Le Point – Le Nouvel Obs – L’Express, t’as le choix, selon les saisons. Les Francs Maçons. Spécial Immobilier : bien acheter, Maigrir. La sexualité des français (seulement l’été) ou encore le très régulier Argus des Vins, c’est les same old shit à chaque fois. Ici, à Kamui Robotics, il y en a qu’un mais il la met sévère à tous les autres sus-mentionnés. Les blockbusters de l’été.
Après une année 2010 épaisse mais assez faiblarde et une année 2009 placée sous le signe du mouaif, on rêve tous d’un nouveau été 2008. Souviens-toi, c’était l’année d’Iron Man 1. De Speed Racer. Et même de Dark Knight. L’année où il était redevenu sexy de balancer des missiles et de faire des clefs de bras Wing Chun en attendant sur la ligne de départ du monde de la japanime.
Fini la blague, fini les Robin de Bois qui se finissent en baston de poney. Fini les vieux cools d’Expendables. Fini Jake Gylenhaal avec le look de Moundir. Peut-être que c’est la passion naissante de Copé et Juppé, mais 2011, je la sens carrément mieux.
2011, tout est rassemblé, pas d’overtime, plus rien en septembre mais y’a quand même du pain sur la planche :
Le prélude :
- Sucker Punch
- Battle Los Angeles (feat. Paul)
La saison de l’explosion :
- Yellow Sea (The Murderer)
- Flashback ! Street Fighter : Legend of Chun Li
- Green Lantern
- Transformers 3 : Dark of the Moon
- Super 8
- Summer of Sorrow : les films tristes d’un été glauque
- Captain America : the First Avenger
- Rise of the Planet of the Apes
- Conan 3D
- Cowboys & Aliens
- Le bilan
Alors à tous les amoureux des explosions, aux passionnés du double coup de pied sauté même propulsé par un coréen bedonnant, aux adorateurs de projections sur rambarde de bus, à toi l’apolitique qui ne se reconnait que dans un seul parti, celui de la Balistique Libérale, et puis à toi qui a baptisé ta fille “Cinq Point Un”, Kamui Robotics t’accueille pour cette nouvelle saison. Impact.














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