D’habitude les comics de Millar souffrent de quelques défauts récurrents. Basé sur 2,3 concepts rigolos ou idées fortes, ils se perdent dans la touchette un peu poseuse voire dans la flemmardise la plus éhonté. Wanted était un comics fort rigolo justement qui avait commencé comme cela mais qui s’était fini tout connement, sur un gus qui vous regarde dans le blanc des yeux en disant « ça, là, c’est ma gueule quand je vous la mets profond ». Ou un truc du genre. Super. Et bien, là, figurez-vous que l’adaptation est mieux fichue que l’original. Oui, encadrez ces mots, ça n’arrive pas souvent ici. Wanted le film reprend tout ce qu’il y avait de rigolo dans la bédé et élabore sa propre mixture. L’original était un méta-comics (comprendre que ça badine sur sa propre condition de héros et d’anti-héros à toutes les pages) et l’aventure initiatique d’un glandu tocard qui se découvre un jour être le fiston d’un roi des Super Vilains. Genre demain, tu découvres que t’es le fils de Doctor Doom ou de Jean Luc Mélenchon. Les boules.

Tel Jean marchant sur les pas de Nicolas vers la mairie de Neuilly, il va prouver une fois de plus que l’hérédité, c’est pas du pipo et prendre petit à petit le contrôle de l’organisation super criminelle. Le film reprend trait pour trait ces idées en enlevant complètement le côté « super vilain ». Désormais, c’est juste un syndicat du crime. Pas de costumes flashy ni rien. En temps normal, on (enfin je) aurait éructé, mais là pas du tout. La première scène totalement grand guignolesque donne tout de suite le ton sur le côté rajouteur de l’entreprise. Les gens pas au courant pour le film voir ont éclaté de rire. Ower ze top. Matrix est passé par là, ça slo-mo et bulletfight de partout mais notre cerveau a emmagasiné le genre, il est préparé à un déluge storyboardé fou de caisses qui s’envolent et de trains qui déraillent etc.

Mais à force de moraliser, on a fini par ripoliner le syndicat du crime. Du coup, on perd complètement toute tension sexuelle. Je vous cache pas qu’on aurait aimé voir le pignouf se faire faire son éducation culpar Angelina Jolie comme dans le comics original. C’était peut être le point le plus réussi : les méchants l’étaient vraiment, ils étaient sales, vol, viol et tout. Wanted ze movie nous offre une confrérie d’assassins fantoche avec un code de l’honneur un peu ennuyeux avec les tueurs moraux à la Assassin’s Creed (dans le genre creux, y’a pas mieux). La vraie nice touch aura été de prendre un acteur inconnu pour jouer un mec transparent qui se découvre. Ont été rajouté des gimmicks visuels intéressants pour les gunfights (les balles filent comme le ballon dans Olive et Tom, décrivant une courbe ubuesque. La comédie n’est pas loin), une problématique d’éveil post-acnéique « there is no spoon » et des plots twist vraiment plus intéressants que ceux de Millar. Et le principal pour ce qui concerne Robotics, le réa russe (tada, patriotisme) Timur Bekmambetov ne se laisse pas démonter devant la tache et goupille de l’entertainement rétinien qui déchire et conserve le meta-discours sur son propre genre qui ne se prend vraiment pas au sérieux, à la limite de la branlette ado, déconstruisant Matrix pour le bien de son histoire sur fond de Danny Elfman, jamais aussi bon que quand il fait de la chanson et qui nous pond même une track spécial Brit Pop. Donc c’est bien fait et drôle.

Vas-y, Danny !


WANTED, "The Little Things" by Danny Elfman

Ce sera donc un , 3+ sur 5. A cause de ce foutu filtre Hollywood.