Cinématographe

We bought a zoo

Le principal reproche qui revient à propos de We bought a zoo tient uniquement à son affiche. Scarlett Johansson, moins belle qu’elle ne l’a jamais été, moins sexy que nos pires cauchemars, et tout cela à cause d’un gros Photoshop FAIL.

La vérité, c’est que dès sa toute première scène, elle y est habillée avec une élégance toute normande des mauvais jours, des bottes en caoutchouc à la capuche d’un coupe-vent usagé ? La combi de Black Widow parait déjà si loin. Est-ce que ça vaut le coup de continuer dans ces conditions… ? Et puis, franchement… un zoo ?

We bought a zoo cache aussi son véritable sujet derrière cette affiche loupée. Ce n’est pas tant un film sur un mec qui décide de vivre dans un zoo racheté avec tout l’argent du veuvage, au milieu de nulle part avec ses deux enfants. Un film sur le deuil, sur l’impossibilité de se consoler autrement qu’en se fixant un but absurde pour exister. Benjamin Mee (Matt Damon, toujours merveilleux de justesse et d’intelligence) a perdu sa femme. Et tout, absolument tout, lui rappelle ses années heureuses qui ne reviendront jamais. Ce qui nous amène à la réhabilitation d’un zoo, pour que le spleen de ses enfants arrêtent de les ronger. Tout simplement.

“Based on a true story” qu’ils disaient, comme pour nous faire oublier l’absurdité du procédé et la cruauté du destin. Mais la douleur jouée Matt Damon est perceptible à chaque plan, celle du mec qui souffre mais dont le seul garde-fou est ses deux gosses. Vraiment true story, maintenant ? Dévasté par le chagrin d’apprendre que sa mère n’avait plus aucune chance de sortir de son coma, Robert E.Howard, le génial auteur de Conan le Cimmérien, est allé chercher le Colt planqué dans la boite à gants de sa voiture.
Untrue story ? A la mort de ses parents, Bruce Wayne, que j’aurai passé toute ma vie à étudier, a déclaré la guerre au Crime tout entier. Et en priorité celui qui pollue sa ville. Un objectif qui semblera totalement vain pour quiconque ayant une approche un tant soit peu “réaliste” du Crime. Wayne va encore plus loin dans son travail de deuil, puisqu’il renonce à toute possibilité d’une vie amoureuse et d’une paternité traditionnelle pour sa lutte obsessive pour la justice.

Le deuil de Peter Parker est encore plus difficile puisqu’il est directement responsable de la mort de son oncle. À cause de son erreur, il ne renoncera plus jamais. Double peine, il doit aussi s’occuper de son Aunt May qui, la pauvre, en mourrait si elle apprenait qu’il est Spider-Man, le “hors-la-loi” que tout le monde recherche, ce qui fait de lui un personnage fictionnel plus tragique encore.

On en revient à acheter un zoo sur fond de musique de Sigur Rós, en pleurant en passant en revue les photos de celle qu’il aimait dans son disque dur. On se rattache à tout ce qui est possible, quitte à passer des journées à chercher le jpg d’un instant qui n’existe plus que dans son souvenir. Il faut trouver le moyen de vivre avec. Et si, en fin de compte, Scarlett Johansonn lui tombe dans les bras, ce ne sera pas une récompense qu’il aura démérité. Car que ce soit lui, racontant son amour balbutiant à ses enfants orphelins de leur mère, que ce soit Thomas & Martha Wayne, une épouse décédée ou Oncle Ben, on ne s’en remet jamais. C’est final.

Chronicle

Voilà un film qui, en 90 minutes, raconte à peu de chose près la même histoire que la trilogie de l’enfer de Star Wars. La découverte du pouvoir et la démence qu’il entraine. Mais sans Portman, sans Hayden Christensen, sans assoupissants complots de fédération du Commerce spatial. Et Dieu seul sait qu’on manque de bonnes scénar de complots impliquant les fédérations de Commerce spatial. Donc un rise & fall, sans toutes ces merdes. Dans l’absolu, Chronicle est juste une histoire classique de teenage angst, d’un môme qui va finalement se laisser dépasser par ses émotions. Enfin, il a sûrement coûté autant que les cacahuètes de la projo presse de Star Wars Episode 1 3D…

 

Celui qui va péter un boulard, c’est Dane Dehaan l’ado à la frustration savoureuse qui avait déjà fait preuve dans la série In Treatment… dans un rôle d’ado gay frustré. On ne sait pas s’il sait jouer autre chose, mais ça, là, il le tient bien. Lui et ses camarades vont, au contact d’une espèce de machin venu de l’espace et qui ressemble bizarrement à la capsule du petit Kal El. Tout le miracle que réussit Chronicle, c’est qu’on finit par en avoir quelque chose à foutre de ces ados, sans que les dialogues soient trop poussifs ou qu’ils donnent l’impression d’être écrit par un vieux mec complètement dissocié de la réalité.

 

Malheureusement pour lui, Chronicle essaye aussi d’autres voies plus casse-gueule en jouant sur les points de vue, un peu comme dans l’immortel Le Jour et la Nuit de BHL, mais en version 2.0 (un prétexte à peine voilé de revoir mon YoutubeLoop préféré de tous les temps). On commence avec l’ado frustré qui se filme la gueule tout le temps, entre moment de vie à la Norman et l’émo post télé-réalité. Et comme il faut continuer sur le même procédé, Chronicle enchaîne astuce sur astuce pour continuer sur sa lancée, comme cette rencontre avec une vidéo-blogueuse, histoire de balancer quelques contre-champs. La caméra numérique, prétexte à quelques séquences de Jackass où les ados testent leurs pouvoirs va ensuite tournoyer dans les airs sous l’impulsion de maboule ado, à la Super Mario 64. L’idée rigolote devient alors un gimmick un peu usant qui donne envie de voir un director’s cut tourné avec un cadre fixe. Sur la longueur, ça n’apporte rien.

Chronicle aurait sans doute gagné à s’épurer de cet amateurisme maniéré, en lorgnant plus vers l’introspection super-héroïque à la Unbreakable. Mais en réussissant sa partie teen drama, il devient alors un rappel adressé à Hollywood: pas la peine de racheter des droits pour salir Akira. Le faire à sa manière peut parfois fonctionner, comme ici.