Le Meilleur du pire de la comédie française en 2011, du numéro 20 à 16

Préambule :

C’est une comédie française nulle de début d’année qui a été le déclencheur de tout ceci. Un moment horrible… Comme une vision : il me fallait encaisser pour analyser ça, les classer rationnellement. Pour ne pas oublier. Une espèce de bushidô cinématographique que j’ai décidé de faire partager ici.

J’ai volontairement fait l’impasse sur certains. Déjà parce qu’il fallait mettre une limite. 20 films, c’est plus qu’un échantillon valable. En réalité, je m’en suis farci encore plus mais 20 était ma limite. Certaines merdes plausibles ont été laissées de côté parce que pas assez “pertinentes”. Les deux néo-Guerres des boutons par exemple. Deux fois le même remake, c’est du gâchis de temps et d’espace. Et puis j’ai refusé de voir la comédie romantique où Clovis Cornillac où il espère faire un enfant à Olivia Bonamy. Au dessus de mes forces… Peut-être pas parce que c’est nul mais Clovis s’est illustré dans mon film némesis de 2010, l’Amour c’est mieux à deux, une sombre merde qui n’est pas sans nous rappeler les-heures-sombres-de-notre-histoire.

J’ai divisé en quatre parties pour éviter que ce soit trop violent (et éventuellement ménager un suspense, pour que tu puisses deviner quels seront les étrons du quinté de tête…). Ce classement va “monter en puissance” puisque sa première moitié ne sera squatté que par des daubes. On va du meilleur vers le pire.

Dernière précision: j’ai une tendance à préférer les films qui se permettent un coup de génie que ceux qui se contentent d’un service minimum ennuyeux. Il faut y voir là une volonté personnelle d’essayer de prendre ce qu’il y a de bon. De toutes manières, pas d’inquiétude, les premiers du classement seront tous à chier.

Je terminerais cette introduction en rassurant tout le monde, cette année, il n’y a pas eu de Nom des Gens.

 

Un pronostic ?

 

Voici donc les meilleures places, de 20 à 16. Ça va empirer assez vite.

Partie 2 du numéro 15 à 11

Partie 3 du numéro 10 à 6

Partie 4 du numéro 5 à 1

20. Case Départ

 

Ca peut choquer mais c’est comme ça, Case Départ fut mon film comique français le plus drôle de 2011. Et comme je les ai quasiment tout cette année, jusqu’au bout de l’horreur… À vrai dire, si on m’avait prédit, au début de cette expérience souvent douloureuse,  que ce serait le summum d’une année de poilade française au ciné, je crois que j’aurai été à la fois en colère, dépité et surpris.

Rien ne destinait cet assemblage de bric et de broc à faire rire une seule seconde. Fabrice Eboué et Thomas N’Gijol ne savent évidemment pas jouer, pas plus que réaliser (ils se sont fait aider par un troisième larron). Je n’aime pas les exploits comiques des deux mecs en question même si je ne les connais que pour leur “carte plateau TV”, soit la même chose que pour le ciné illimité pour nous mais qui te transforme en invité perpétuel à des émissions généralement complaisantes. “Merci d’être formidable, tout de suite le Zapping, la boite à question et la météo” ponctuera le présentateur entre deux de tes habiles saillies.

Mais deux mecs de la France multicolore, deux cousins (rires), un noir sarkozyste odieux et un odieux profiteur noir d’alloc’ se retrouvent en Martinique, en plein Golden Age de l’esclavagisme, on filait tout droit dans une embarcation fragile. Ce qui sauve et même porte le film, c’est qu’il s’assume totalement et va au bout de ses vannes. Quitte à les foirer. La scène très nulle de “la victimisation” qu’a sans doute adoré Eric Zemmour tant elle est incantatoire est contrebalancé par une impro pianissimo de Laurent Voulzy sortie de nulle part et un foursome intergénérationnel inouï. Pourtant rompu aux histoires de voyage dans le temps (je lis des comics et je joue aux jeux vidéo, hé), je crois que c’est la première fois que je vois un time-paradoxe aussi génial.

Ok, ça joue comme des savates, mais le résultat est là, puisant dans l’énergie de l’absurde, proche de La Tour Montparnasse Infernale du duo Eric + Ramzi qu’on va revoir dans ce top, promis.

Case Départ. Mon film comique français de 2011. Still can’t believe it.

19. Bienvenue à bord

 

Il y a deux comédies impliquant des croisières cette année.  Doit-on craindre l’émergence d’une tendance LOURDE de croisièresploitation ? Bienvenue à Bord est la meilleure et de loin. Ho, c’est pas la gloire non plus. Lemercier fait ce qu’elle peut, Gérard Darmon cachetonne (et fera bien pire cette année, on va le voir) et c’est uniquement la présence de Franck Dubosc qui sauve ce film.

Qu’on le veuille ou non (et ça peut faire vraiment mal de le reconnaitre), Dubosc est devenu une sorte de de Funès français des années 2010. Ouais, gros.

Il a un jeu, le sien, s’y donne voire s’y abandonne, corps et âme, comme dans Disco ou Camping, toujours à la limite du suicide artistique. Comme feu-Louis, même dans les films de merde, il y va à fond. Comme un enfant qui dessine des gribouillis, oubliant complètement qu’il est regardé et jugé. Pour lui, truite et dauphin, c’est pareil. Il apparait en monsieur Loyal avec un tatayet à bout de bras alors qu’il est aussi bon ventriloque  de rien. Il n’a pas honte, fistant la peluche, tout sourire. Dubosc, c’est cet enfant qui peut faire de grandes choses quand il ne se rend pas encore compte qu’on le juge. Jamais vu son spectacle, thought, pas intéressé.

Il est dans deux des scènes les plus hilarantes de ce top de la comédie française. Mieux que touchant, il sauve un film qui n’avait rien à offrir. Sans lui, ce film ne serait qu’une brave daube. Dubosc, gamin, jusqu’au bout de son humour, toujours.

J’admets que je suis peut-être gentil avec ce film de croisière-là vu que l’autre se retrouvera plus haut, beaucoup plus haut dans ce classement.

18 : Pourquoi tu pleures ? / Les femmes du 6ème étage

 

J’ai décidé de faire d’une escale par la comédie sentimentale triste. Et la tête de Benjamin Biolay dans pourquoi tu pleures est parfaite pour illustrer ça.

Un de mes compères de visionnage m’avait opposé un niet cinglant, non il n’irait pas voir un film avec lui. A ma surprise, Biolay segmente énormément, au moins autant que Michael Youn. Plus que ses chansons (j’ai pas vraiment écouté), je connais que le personnage de télé et d’interview qui a de l’esprit et qui allume à tout va ses collègues nuls, Sarkozy et généralement le showbiz. Ce mec avait donc, si ce n’est mon affection, au moins un truc qui ressemble à un respect médiatique. “Il m’avait l’air cool”. Dans cette romcom bizarre, il est le futur mari de Valérie “La guerre est déclaré” Donzelli. Il doit se farcir la smala, la famille séfarade qu’est bien sympa mais qui parle fort. S’il n’y avait que ça. Sa mère l’étouffe, sa soeur (Devos, très bien) pareil, ses potes aussi. Du coup il se tape une jolie petite meuf où il se réfugie. Nonchalant, il traine littéralement sa carcasse impavide, comme un pantin articulé à moitié. Et malheureusement pour le film, il se repose trop sur lui et l’étouffe à son tour. On ne rit pas beaucoup sinon de ses souffrances bien visibles. Le film finit par une bande-son enrichie de larmes. AMBIANCE.

“Autre personnage de télé” dans lequel il suffit de mettre une pièce pour qu’il te chante Johnny, te parle politique ou te raconte comment il se touchait quand il était garçon-coiffeur, Luchini est difficile à canaliser dans un film. D’ailleurs, aussi grand comédien de théâtre soit-il, il attend encore LE grand rôle cinéde sa vie. Les femmes du 6ème étage est un vraie comédie sociale où, dans le Paris des années 60, un riche entrepreneur s’ouvre au monde des bonnes de son immeuble un peu comme s’il découvrait Microcosmos. Et son style se marie bien avec celui qu’il doit incarner, un patron charmeur, volontiers joli coeur. Comparé à Ma part du gâteau (qui évoque exactement les mêmes thêmes), on est dans une approche sociale assez intelligente et ludique.

Peut-être le meilleur film de cette sélection ? En tout cas, c’est certainement celui qui est le plus à gauche.

 

 

17. L’élève Ducobu

 

Il n’était pas sur ma short-list de films, sans doute un trauma de l’horrible expérience du Petit Nicolas. Les adaptations de bédé (principalement pour gosses) sont immanquablement nulles. En 2011, les USA ont fait une OPA sur les deux œuvres AAA de la bédé franco-belge (Tintin et The Schtroumpfs, tout deux chroniqué ici)

Pas d’erreur possible, Ducobu s’adresse exclusivement aux enfants, sans jamais essayer de jouer sur les deux tableaux de l’œuvre “clin d’œil” aux parents. Du coup, j’imagine que les anachronismes étranges du film ne dérangeront moins le jeune public, que moi, pas plus qu’Elie qui est en mode Semoun Over 9000. Le mix est vraiment très étrange pour l’œil adulte, ce qui est pour moi une qualité: Ducobu ne fait pas la pute nostalgiste comme le Petit Nicolas. De toute évidence, le résultat est bien meilleur que dans ce dernier, sans doute aussi parce que les enjeux étaient moindres. Un vrai film de gosses vraiment étrange.

 

16. Les Aventures de Philibert, capitaine puceau

 

Personne n’a vraiment vu Philibert, passé en coup de vent en salles après un bide monumental. Est-ce le titre, le casting, une thématique “plus gay tu meurs” pas toujours très adaptée… Ou autre chose ? Je suis persuadé qu’ils s’en mordent les doigts car il a été forcément mal “marketé”. Philibert n’est pas une parodie comme les productions ZAZ mais un pastiche, un distinguo sur lequel on a beaucoup insisté lors de la production de France Five (dont le cinquième épisode sort en mai 2012, je vous le rappelle, les mecs).

L’objectif est clair, on n’est pas forcément dans la vanne car on doit respecter toute une série de codes, ce qui a fait toute la réussite d’OSS 117 (d’ailleurs Jean-François Halin a scénarisé Phil. et les 3 OSS). Faut donc aimer les films de capes et épées. Ou alors aimer les gags basés sur une grosse ambiguïté sexuelle (comprendre homo) qui va être le fil conducteur de cette “aventure”.

L’ensemble tient la route, tout en allant puiser dans le registre du non-sens assez anglais, parfois dans l’OSS pur. Cet équilibre étrange et cette subtilité se sent assez dans le personnage d’Alexandre Astier qui joue de manière très pénétré le némesis du film, borderline Star Wars. Un style qui vient percuter celui de Jérémie Rénier en mode pré-Cloclo en collant…

Bon, peut-être que je deviens gentil, mais quand je vois toutes les merdes que j’ai encore à chroniquer avant d’arriver au sommet de ce classement, je me dis que le sort a été cruel avec ce Philibert dont les ambitions étaient bien réelles. Parfois drôle, il vaut le coup d’être vu, ne serait-ce que pour essayer de comprendre pourquoi un tel bide…

Du numéro 15 à 11

Du numéro 10 à 6

Du numéro 5 à 1