Séquentialisme

“My Love”, le comics féministe des 70’s

 

Depuis un certain temps déjà, je lis et étudie consciencieusement les comics des années 50 à 70, en particulier ceux qui témoignent de l’évolution de la société. L’évolution du trait, du propos, des sous-entendus, les meurs, la sexualité… Je viens de m’avaler 40 ans de comics Wonder Woman, j’en ai encore des étoiles plein la tête.

Mais place aux Romance Comics, mon sujet du jour. Je vous la fais courte. Les premières décennies, c’était plutôt ça:


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Toujours des larmes, toujours…

Puis on a évolué. Les filles se sont petit à petit libérées. Les jupes se sont raccourcies, les problématiques des histoires devenaient beaucoup plus intéressantes. Les auteurs n’avaient plus à user de stratagèmes pour parler de sujets un peu plus élaborés que le “triangle amoureux” de base ou “le militaire qui revient à la maison”. Voici quelques exemples qui alimentent parfois mon tumblr:

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Comme les dinosaures et les boys band, les “Romance Comics” finirent par disparaître mais ça, ça sera l’objet d’un autre article. En attendant, journée de la femme oblige, je ressors une de mes perles favorites, tiré de”My Love” de 1973. Un episode spécial Female Freedom baptisé, tadada “No Man is My Master“.

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“Tales of Love that could be yours !”

Cet épisode est dessiné par John Buscema, dessinateur de génie de la Marvel, auteur du célèbre Under Siege d’Avengers et connu pour avoir dessiné pendant longtemps Conan the Barbarian. Son langage corporel, son sens du mouvement est vraiment sidérant.

Et le scénariste n’est autre que Stan Lee, légendaire co-créateur de presque tout ce que tu peux imaginer de la Marvel.

Les Romance Comics ont toujours eu droit aux meilleurs artistes, malheureusement souvent non-crédités.

Mais maintenant, place à “No Man is My Master !”

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J’adore la présence d’esprit de la fille qui en conclut que female freedom is for job equality and things like that. Et cette image toute triste, elle dans son lit, en train de bouquiner. L’idée n’est pas de juger avec les 40 ans qui nous séparent de ces pages, mais il est surprenant de voir avec quelle acuité Stan Lee & John Buscema dessinent le conflit interne de la fille, prise entre les luttes politiques et son envie de vivre sa vie comme elle l’entend. En 73, ça fait déjà plus de 10 que Stan Lee écrit des histoires de super-héros, il n’avait aucune raison de prendre part aux combats des femmes autrement qu’en créant Black Widow ou encore Susan Storm & Jean Grey, des héroïnes à chaque fois les plus puissantes de leur entourage. Stan Lee ne fait pas du feminimze à quatre sous, il a toujours accompagné positivement l’évolution des mœurs de son époque. Quand à Buscema, il y a comme une ironie de le voir dessiner un brun macho qui n’est pas sans évoquer son Conan, un héros héroic-fantasy de gauche, toujours du côté des faibles, élégant barbare, capable d’aimer les reines et les prêtresses comme les esclaves.

 

J’avais le choix, je pouvais parler du “Romance Comics” de l’amour derrière les barreaux. Ou de celui où l’on soupçonne, oulala, la fille d’aimer les autres filles. Ou celui où l’héroïne qui n’assume pas de mettre des lunettes. Aujourd’hui, c’était celui de Stan Lee et de John Buscema.