Le wapanisme est un mal qui peut frapper n’importe qui, même des gens talentueux. Barbet Schroeder (l’Avocat de la Terreur, Von Bullow, Young White Female, du très bon, du lourd) aurait pu se faire passer pour un grand connoisseur en Shabu-Shabu, faire un documentaire sur les otakus facon Beinex avec plein d’images flashs qui clignotent et du cul nippon hentaï ou encore recruter Scarlet Johansson pour trainer ses jolies seins dans un karaoké. Le wapanisme peut commencer dès l’incorporation du mot Ninja dans le titre, donnant fatalement un cachet que j’ai baptisé « Menu F : brochette fromage », propulsant l’œuvre en direct to vidéo, surtout dans les années 90. Les américains ont fait ça pendant des années, que ce soit avec Sean Connery qui explique la finesse de l’Asie à Wesley Snipes, que quand Brandon Lee joue un japonais au côté de Dolph Lungren (Showdown in Little Tokyo, nanar sublime où sont réunis tous les asiatiques d’Hollywood pouvant faire les japonais. Genre Cary-Hiroyuki Tagawa et Tia Carrere.


Showdown in Little Tokyo trailer

Si nul que ça en devient génial. Une ligne de dialogue à retenir :


Pire réplique jamais prononcée dans les années 90

Les français aussi ne sont pas épargnés par la wapanisme. Samurai, émulation du style Kung Fu avec la gaudriole à la française, reprise depuis dans les productions Taxi, faisait très fort dans son style. Le démon Shoshin Kodeni (on peut placer là un MdR) se réincarnait de nos jours en espèce de Shigeru Miyamoto, plus machiavélique encore que Xavier Bertrand et Hervé Morin réunis. Aux commandes de sa méga compagnie, il prépare la sortie de Dark Bushido (oui là, oui, faudrait penser à un logo avec une brochette fromage) pour prendre le contrôle du monde. Heureusement, deux jeunes trublions de banlieue s’interposent. Le choc des cultures ! Nanar vivement recommandé qui, je crois, mérite un nouveau logo instructif de circonstance.

Cadeau, la bande annonce us :


Samouraïs, trailer US

Mais Inju dans tout ça ? Sous-titré la bête dans l’ombre, il navigue toujours à la frontière du fameux Menu F : Brochette fromage susmentionné. Bunô Majimeru –c’est son nom en katakana, la première chose qu’on voit du film- est Alex Fayard; un romancier thésard. Son truc à lui, c’est Shundei Oei, un auteur japonais qu’il faut comprendre comme Edogawa Rampo dont Inju reprend en fait l’histoire, “parait-il car pas lu”. Se rendant au japon faire la promo de son bouquin, il se voit menacé par ce qui semble être Oei qui vit pourtant reclus. Heureusement (!!) pour pas mal de clichés à venir, il va faire la connaissance d’une geisha (enfin geiko comme on dit pour faire authentique) qui ne va pas se faire prier pour coucher assez vite, malgré le manque d’immersion de Bunô. Elle aussi est menacée par un Yakuza avec qui elle a fricoté. Mélangez avec un peu de SM, et hop, you’ve got your wapanesme. Alors est-ce Samaouraïesque ? Même pas. On sent que Barbet Schroeder aime sincèrement le Japon, bossant avec une équipe japonaise presque 100%, ce qui donne ce cachet un peu cheapos des acteurs nippons qui apprennent leur dialogue comme « Dictée Magique » et qui bougent comme on attend d’eux dans une série japonaise.

On sent donc un vrai boulot de restitution de ce petit gout de carton pâte, celui qui fait que Flags of our fathers est infiniment plus intéressant qu’Iwo Jima (non, ce dernier n’est pas wapaniste du tout). Cheap car allant vers l’authenticité d’une représentions TV, pourquoi pas finalement. Restent les trous scénaristiques béantissimes qui font un peu foirer le tout. Comme le Yakuza qui pour baiser sa geisha, décide de vider son énorme demeure de TOUTE surveillance ! Malin.

Pas suffisamment loupé, drôle et ou cliché pour être ridicule et donc un objet de culte décadent (signalons quand même que c’est un des rares films de gaijin se passant au Japon qui ne nous balance pas de plan archi revu de « la nuit à Tokyo, ses néons, ses écrans géants » et autres trucs archi déjà-vu dans de multiples « japon-terre-de-constraste.jpg ». Merci Barbet. D’un autre côté, on a une mécanique de polar vraiment bancale, soutenu par des acteurs assez nuls (le yakuza, l’assistant de Bunô etc). On est peiné par et pour Bunô qui donne le maximum de lui-même (attention vous allez revoir cette phrase bientôt), mais qui a l’air de ne pas savoir exactement comment le jouer, un peu perdu dans les nombreuses strates de lectures que Barbet tente de coller à son film sans trop de réussite. Bref, le réalisateur a voulu donner corps à son wapanisme sincère, forcément plus cultivé que The Last Samurai, sans Gong Li dans le rôle d’une geisha, ou de démons Nobunaga se réincarnant en Jean Reno. Le pire est évité.