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Urbex : le dortoir abandonné de Tokyo

 

Il y a le Japon du cliché, “entre tradition et modernité”, et son croisement de la “Sortie Est de Shinjuku” avec des néons partout. Et il y a ce dortoir en ruines.
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J’ai tellement utilisé la métaphore des “ruines nostalgiques” qu’elle a fini par perdre son sens. C’était jusqu’à ce que je découvre un endroit comme le dortoir de Seika. Une ruine planquée en plein Tokyo, cachée par une végétation anarchique. Des travailleurs chinois y vivaient, jusqu’à ce qu’un incendie ravage l’établissement il y a quelques années. Le rez-de-chaussé est calciné mais les chambres des étages supérieurs sont intactes, laissant apparaître des traces d’une existence précédente. Une collection de disques vinyles, des lits, des bouquins, des VHS, des vêtements, parfois un peu de porno dans les placards… Il n’y a rien de plus triste que les noms sur les portes ou ces lettres abandonnées. Deux personnes sont mortes dans l’incendie. Ce poids de la mémoire si fraîche rend l’atmosphère étouffante, comme lorsqu’on est obligé de fouiller chez quelqu’un qui vient juste de mourir. On ne sait pas par où commencer, si l’on doit continuer ou simplement s’arrêter pour chialer. C’est intolérable. Heureusement, le toit est toujours accessible, une bouffée d’air dans un Tokyo où il a fait étonnement mauvais en ce mois de septembre. Je me demande combien de temps encore demeurera ce dortoir, dans un pays qui a pourtant reconstruit en quelques mois ses côtes dévastées par le Tsunami de 2011. Avec ses murs qui tremblent encore au moindre coup de vent, son Snoopy trônant sous un toit qui n’existe plus et ses objets personnels étalés comme si plus rien n’a d’importance, je crois que j’ai rarement vu un bâtiment aussi désespéré de ma vie.

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Photos by myself & Katya Mokolo.

 

Et une vidéo qu’elle a réalisé pour l’occasion.

Urbex : Seika Dormitory from kitsuney on Vimeo.

Ce qui valait la peine

Pas très productif en ce moment, pas vrai ? Comme d’habitude, tout est pensé à l’avance, projeté, tapé… Mais quelque chose ne va plus.

Plus que l’absence de mise à jour et de nouveaux articles, les lecteurs les plus fidèles ont peut-être remarqué une pessimiste et triste pente qu’a pris mon travail le plus récent ici ou .

Alors d’abord un mot d’excuse. Ma méthode habituelle, c’est d’esquiver au maximum le  “je”, et de plutôt utiliser l’expérience personnelle dans mes articles, quand le besoin s’en fait sentir. Parce que je ne suis pas persuadé que parler frontalement de soi-même améliore le résultat plus qu’il ne soulage. Mais là, je vais déroger à la règle, pas de circonvolution pour diluer, voilà la vérité, prise au fond du puits.

Je ne crois pas non plus aux “show must go on“. Continuer comme si de rien n’était, c’est un peu comme me mentir, un peu comme serrer la pogne d’un mec que tu méprises. Une raison parait-il suffisante pour ne pas rentrer en politique.

Mais là, je n’arrive plus à grand chose. Même mes habitudes ne me guident plus.

Perdre ma mère.

Perdre ma mère est la chose la plus douloureuse. Et rien, rien ne semble atténuer ma peine.

On a parfois du mal à pointer le moment le plus douloureux de sa vie. Je crois que j’y suis, là, très précisément. Et rien ne semble atténuer cette peine, si ce n’est les regrets. Quasi aucun. C’est sans doute ce qui arrive quand on accompagne quelqu’un dans la lente voie de la maladie. Quand la mort arrive à portée, on finit par se dire les choses que les vivants ne se disent plus.

Pourtant de vie, elle n’en a pas manqué, jusqu’au dernier souffle. Elle riait en roulant les “r” comme tous les gens qui sont nés et ont vécu dans le bloc soviétique. Je l’entends, elle rit encore dans ma tête. Sa vaillance a surpris tout le monde, moi le premier. La fragilité de tout ce que l’on aime.

Je tiens à remercier tout ceux qui m’ont témoigné, de quelque manière que ce soit, un message d’amitié. Si j’écris cela, aujourd’hui, aussi frontalement, c’est aussi pour essayer de retrouver le courage de… De travailler, sans rien oublier. Au fond, j’aimerais bien arriver à cette plénitude dont m’ont parlé ceux qui sont déjà passés par là. De croire que tout l’or de ces vies finisse par survivre en nous. Je n’y suis pas encore.

Après tout, il n’y a plus vraiment de choix. Espérer la retrouver un jour, pour s’abandonner dans cette conscience, ce quelque part où s’arrête la souffrance.
Ou bien, moins heureux, forcément plus sombre, entamer un deuxième chapitre de vie.

Le voyage valait bien la peine d’être fait une fois.